In memoriam (1)

J’ai appris, il y a quelques jours, le décès de Colette ma cousine. Elle avait 87 ans et résidait depuis plusieurs années dans un EPHAD à 50 m à vol d’oiseau de la maison de sa fille, dans une petite ville près de Metz.
Pendant une quarantaine d’années, elle avait habité avec son compagnon dans un pavillon cossu d’un paisible village mosellan. Ce nid douillet, elle dû le quitter après le décès de son compagnon, ne reconnaissant plus personne depuis plusieurs années, m’a dit sa fille.
Colette, c’est une page de mon histoire qui se tourne…
Sa maman (ma tante) avait été, comme on disait à l’époque, « fille mère » et avait épousé un veuf qui avait 2 enfants avec qui elle avait eu 10 enfants.
Colette, dans ce petit monde confiné, s’était très attachée à sa tante, ma maman Madeleine à qui elle disait « Tu es comme ma mère ».
Elle ne manquait pas la moindre occasion de venir à la maison puis qu’alors nous habitions la même petite ville.

À la nouvelle de son décès, des pans de souvenirs me sont revenus en mémoire : je me revois en poussette, traîné par elle en 1944 pour aller chercher du lait à la ferme, regardant le ciel avec inquiétude… car à cette époque, des vagues d’avions alliés sillonnaient souvent le ciel où nous habitions alors pour aller bombarder l’Allemagne nazie.
À leur approche (parfois des centaines d’appareils), les sirènes hurlaient, signifiant que nous devions nous réfugier dans des abris répertoriés et prévus à l’avance pour la population. Le nôtre était la grande cave voûtée de nos voisins, pouvant accueillir une douzaine de personnes avec lesquels nous restions confinées (confinement de l’époque déjà), jusqu’ à ce que les sirènes, à nouveau, nous indiquent la fin de l’alerte.
Nous pouvions alors retourner chez nous et découvrir parfois de mauvaises surprises… comme le cratère creusé par une bombe dans notre jardin ou l’éclat d’obus qui détruit la porte de notre armoire.
Cette cousine, j’y reviendrai dans doute, a laissé tous ses biens matériels. Que reste-t-il maintenant de sa vie ? Que restera-t-il de mon passage sur la terre ?

A SUIVRE…