Le sanctuaire de Dieu (2)

Malgré la promesse d’éclosion de ces jeunes pousses, à l’automne 1968, la situation était très loin d’être aussi glorieuse que celle mentionnée dans la 1ère partie de mon récit.

L’un de nos jeunes : Ramon (la vingtaine), était venu me trouver:
– André, Dieu a parlé à mon cœur, me montrant quelque chose que je dois faire mais j’ai peur de me tromper… Voudrais-tu prier pour moi afin qu’il te confirme ce qu’Il m’a dit ?
– Très bien, et que t’a-t-il demandé, l’interrogeais-je ?
– Ah, ce serait trop facile ! Il faut que ce soit le Seigneur qui te le montre. Je viens samedi prochain chez toi et en fonction de ce qu’Il t’a confirmé, je ferai ce qu’Il t’a dit.

Waouh, quelle responsabilité ! Il s’agit de l’avenir de ce garçon que j’apprécie, il me faut prendre mon rôle d’intercesseur au sérieux car j’ignore tout à fait ce que Dieu veut pour lui et j’ai 6 jours pour obtenir une réponse.
Qu’est-ce qu’elle fut longue cette semaine ! Chaque jour, en communion avec mon Dieu, je lui demande plusieurs fois de me révéler Sa pensée pour ce jeune ami. C’est chaque jour la confusion, le néant, le trou noir. Aucune, mais absolument aucune idée concernant le futur de ce jeune homme.
Nous sommes le samedi matin. Dans 2 heures, Ramon sera là pour entendre de ma bouche la confirmation de sa révélation. Il ne s’agit pas de commettre d’erreurs, ce serait très grave … Le problème, c’est que je n’ai vraiment aucune idée, absolument AUCUNE !
Alors dans un dernier sursaut désespéré, je me mets à genoux dans mon lit et supplie Dieu de me révéler Sa pensée. Plus tard, j’apprendrai que « Dieu n’est jamais en retard, mais il prend parfois le dernier train ! »
Et là, clairement, dans mon cœur impatient et passablement agité, j’ai une réponse claire, nette, précise… mon jeune ami, venu en mobylette depuis son village distant d’une vingtaine de kilomètres, est avide de m’écouter. J’ai à peine fini de lui retransmettre les paroles reçues pour lui, qu’il me dit :
– C’est exactement ce que le Seigneur m’a demandé !

Dans ma joie, je crois bon de partager ce glorieux épisode avec J. François, un collège de travail qui me semble ouvert à la foi. Son visage se durcit quand il me dit :
-Tu mériterais que j’aille te dénoncer au patron, pour lui indiquer que tu fais autre chose pendant le travail.
Il le fit peut-être, ou envers d’autres, car 4 ou 5 ans plus tard, je me retrouve nez à nez – non : caddie contre caddie- avec lui au détour d’un rayon de magasin, en Haute Marne. Il me toise, drapé de son beau costume outremer bleu taillé, en me dit :
– Tu as sans doute appris que j’ai été nommé chef de poste !
Engagé dans l’œuvre de Dieu 24 heures par jour et 7 jours sur 7, j’étais à des lieues de m’intéresser aux avancements administratifs. Aussi je lui réponds avec humour. Je me souviens exactement des paroles qui sont venues à mon esprit ce jour-là, mais je les garde pour moi car peut-être seriez-vous déçus du manque de spiritualité de ma réponse légèrement ironique. Elle ne parut guère lui plaire également puisqu’il me dit : « Bon eh bien au revoir. », sans autre désir de partage.

Le jeune Ramon partit vers la destination voulue de Dieu. Je fus peiné par le départ soudain du jeune couple nouvellement marié. Ils partirent rejoindre les parents du jeune homme, maraîcher à Baccarat.
Marc, un jeune bien fidèle de 15 – 16 ans, fut embauché dans une boulangerie. Sa maman était venue à des réunions et semblait intéressée jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’elle devait réformer sa vie. Ses voisins de cette cité ouvrière, disaient volontiers : « C‘est curieux, mais chaque fois que son mari s’en va, le copain de son mari arrive et reste chez elle jusqu’à peu de temps avant son retour ; c’est plus que louche. » Sans doute l’évangile avait dévoilé ses combines, mais ne voulant pas changer, elle devint comme une ennemie et chercha par tous les moyens à empêcher son fils de se joindre à nous. Le faire embaucher comme apprenti lui parut comme le bon moyen de se débarrasser de sa mauvaise conscience : le seul jour de congé de Marc étant le lundi, il le passait à se reposer tant la tâche était ardue, j’oserais presque dire inhumaine pour un jeune ado. Il me fit la promesse de venir me rencontrer les lundis mais me fit vite comprendre que c’était, vu la fatigue accumulée de la semaine, au-dessus de ses forces. Pauvre Marc, que je ne revis JAMAIS à ma grande tristesse.

Il y a dans les cieux un Dieu qui révèle les secrets.
Daniel 2 v.28

Quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient point à la lumière de peur que ses œuvres ne soient dévoilées.
Jean 3 v.20

Dieu jugera par Jésus-Christ les actions des hommes.
Romains 2 v.16

 

– André K.