La voie royale

Ma lecture biblique de ce jour se trouve dans l’épître de Pierre et plus particulièrement 1 Pierre 2 v.9.

Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

Me vient alors à l’esprit un épisode de la vie de frère André, « le contrebandier de Dieu » au secours de l’Église persécutée.
Il raconte en substance, qu’alors étudiant à l’école biblique en Angleterre, ses moyens financiers étaient plus que limités. Un matin, alors qu’il se rase et fait les frais d’une lame émoussée qui lui arrache la peau, on lui indique qu’un ami l’attend à la porte de l’école. Pfff ! Encore cet ami quémandeur qui revient avec ses « Tu pourrais pas me donner ceci ? », « T’aurais pas cela à me ‘refiler’ ? ». La tuile, ce n’était vraiment pas le moment de le solliciter lui, le chevalier de la bourse plate, que dis-je, super plate !
Mais, ô merveille ! Là, par terre, il voit une grosse pièce d’argent que le « tapeur » n’a pas eu le temps de remarquer ! Frère André, met discrètement le pied dessus… ni vu, ni connu !
– Oui, ça va. Qu’est-ce que tu me veux ?
– T’aurais pas… à me passer ?
Aïe, c’est la valeur exacte de la pièce de monnaie sous sa chaussure. Il ne va pas mentir en disant qu’il ne les a pas sur lui ! Plutôt dire qu’il ne les a « pas encore »…
Mais pourquoi il y a-t-il toujours, dans ces moments scabreux où l’on s’apprête à sortir des « demi-vérités », cette voix qui s’adresse pour notre bien à notre conscience ?
Cette voix est si claire, si nette, si précise pour l’enfant de Dieu :
– Ton pied sur la pièce, est-ce vraiment la voix royale ? Je suis ton Père, j’ai à cœur tes besoins, pourquoi dois-tu ruser comme si tu ne connaissais pas le roi des rois ? Ne sais-tu pas que tout m’appartient sous le ciel (Job 41 v.2)  ?
Aïe ! Pardon pour les combines, les ruses à « quatre sous », les malices, les roublardises, qui masquent ou gomment le fait que nous sommes une race élue, une nation sainte.
Frères André finit par donner cette pièce « cachée » à son ami et Dieu, qui n’est le débiteur de personne, pourvoira ensuite aux besoins de Frère André. Sa conscience émoussée aurait occasionné beaucoup plus de dégâts à son cœur et à sa vie qu’une lame usée sur la peau de ses joues.

Mes ressources mensuelles se limitant aux 300 francs que m’offrait l’église de Saint-Dizier, Simone m’avait dit en m’épousant en juillet 1972 : « Lorsque Dieu m’a invitée à Le servir, je pensais le faire comme enseignante en Afrique. Les portes étant fermées là-bas pour moi, je n’ai aucun souci de travailler en enseignant, ce qui te permettra d’accomplir ton ministère à plein temps. »
Quelle chic épouse ! Elle était comme une réponse au défi que ma maman m’avait lancé : – Tu vis comme un mendiant. Jamais une femme ne voudra épouser un homme comme toi qui vit de mendicité publique.
Depuis la rentrée 1972, Simone se laissait courageusement porter cinq fois par semaine (il y avait école le samedi matin) par notre vieille et fidèle Citroën Ami 6 sur les 25 kilomètres de petites routes qui la séparaient de son lieu d’affectation. Vaudrêmont, un village rural de 101 habitants où Simone avait en charge l’unique classe des de 6 – 11 ans.
Pas facile pour elle de gérer ses nombreux cours, ses déplacements, ses préparations scolaires, sa vie familiale, où souvent, rentrant d’une journée bien chargée, une jeune fille l’attend « voulant voir Simone ». Il y a les repas à préparer, parfois les courses à faire, le linge à repasser, et la vie de l’église : plusieurs réunions par semaine, qui empiètent sur ses jours de congé, des visites, l’accueil …
Tout a été à peu près supportable, mais Dieu dans sa grande bonté nous a confié, après un temps douloureux d’attente (pour Simone surtout), d’abord une petite fille puis 14 mois après un petit garçon. Le choix du roi, dit-on, pas de jaloux.

Vint alors pour moi le temps de penser qu’il était temps que Simone cesse son travail. J’avais à trouver réponse à cette insoluble question : comment faire vivre un couple, deux bébés et une voiture, avec 300 francs par mois non sollicités mais non garantis ?
C’est alors que devinant mes soucis, un ami m’interpella:
– Mais André, de l’argent il y en a plein partout, il suffit de le ramasser !
Comment ne pas prêter attention à pareille déclaration ? Ce qu’il m’apprit alors mérite que je vous en parle la prochaine fois..

-André