La prière d’un ado

Nous sommes en novembre 1971. L’appartement où je loge à Chaumont n’est pas encore fonctionnel, aussi mon lieu d’habitation est la salle de réunion : un lit derrière le comptoir qui me sert de chaire, une gazinière derrière le rideau, quelques ustensiles de cuisine, un évier. Une table devant la porte d’entrée de la salle devient ma salle à manger. Je me sens bien, à ma place, le Seigneur est là. Que demander de plus ?

Jean-Luc, 14 ans, le fils d’une chrétienne de l’assemblée a une idée :
– Nous avons de l’isorel qui ne sert pas dans la cave de mes parents. Que dirais-tu de confectionner des panneaux et d’y coller des affiches avec des versets bibliques percutants ? Nous pourrions les fixer devant les 2 grandes vitrines de notre salle (l’ancien café des tanneries).
Son idée est bien intéressante. Je m’empresse de commander des affiches colorées avec des versets bibliques bien visibles. Jean-Luc prend la mesure des affiches, obtient l’accord de son père, et revient avec 2 grands panneaux au format adéquat… Un peu de colle de tapisserie, à deux on évite les plis. Deux morceaux de ficelle et le tour est joué ! Avant de les fixer, nous nous mettons à genoux dans la salle, à côté de nos affiches… et de tout cœur nous présentons à Dieu ce modeste travail. Près de 50 ans plus tard, j’entends encore la prière de Jean-Luc :
– Seigneur, permets qu’au moins une âme soit touchée par ces versets bibliques.
Une fois posées, je vérifie qu’elles sont bien visibles depuis le trottoir. La salle est en effet séparée du trottoir par l’ancienne terrasse du café d’une dizaine de mètre.

Assis devant une des vitrines, je viens de finir de déjeuner. Tiens, un inconnu s’avance… J’entends une voix féminine restée sur le trottoir lui dire :
– Mais tu n’as peut-être pas le droit de marcher là, c’est privé…
Et l’homme de lui répondre :
– Mais je ne fais rien de mal, je viens seulement lire ce qui est écrit : on dirait des paroles de la vraie bible….
Je sors alors et l’interpelle :
– Vous avez raison, ce sont des paroles de la vraie bible.
Et m’adressant à eux, je les invite à entrer. Ils s’installent et je leur propose mon café en poudre bon marché qu’ils acceptent sans chichis.
Ils me racontent alors leur intéressante histoire. La voici telle que je l’ai retenue :
– Nous venons de la Sarthe, un petit village entre le Mans et Laval où j’ai été cantonnier, me dit le mari. Figurez-vous que ma femme et moi n’avons jamais quitté notre village, jamais. Mais notre fils qui est entré à la SNCF a un voyage gratuit pour ses parents et bien sûr, il nous l’a proposé…. Nous ne savions où aller mais comme vous le savez, le Général De Gaulle vint de mourir et nous avons eu l’idée de visiter sa tombe. Pensez la première sortie de notre vie ! Nous sommes à l’hôtel près de la gare. Il y a un bus à 14h qui nous mènera à Colombey-les-Deux-Églises et demain, nous retournerons chez nous. D’ailleurs, il est l’heure, on vous laisse.
Les voilà partis… Mince, quel dommage, je n’ai pas pu dire grand-chose…

Fiancé à Simone, je lui ai écrit une lettre (vous connaissez les épitres d’André ?) que je vais porter le soir au centre de tri près de la gare, pour la dernière levée de 23h. Tiens, voilà nos Sarthois qui prennent l’air dans le petit parc en face de leur hôtel. Bien sûr, nous engageons une conversation plus en profondeur… et je les invite à prendre le café avant leur départ du lendemain après-midi.
A l’heure indiquée, nous sommes assis tous les 3 autour d’un café chaud. La conversation est plus intéressante :
– Ah ! nous aimerions bien rencontrer un pasteur comme vous dans la Sarthe, me disent-ils.
C’est alors pour moi, l’occasion de leur demander leur adresse qu’ils me laissent volontiers. A peine m’ont-ils quitté que j’écris à un pasteur Sarthois dont je connais la réputation.
Quelques jours plus tard, ce pasteur me répond par ces mots : « Figurez-vous que je passe chercher quelqu’un dans leur village tous les dimanches. Je les ai invités et ils m’assurent vouloir se joindre à nous tous les dimanches. »

L’année suivante, à la même époque, ils sont de nouveau à Chaumont, non plus pour visiter la tombe d’un mort mais pour rencontrer un jeune pasteur encore bien vivant. Ils m’apprennent qu’ils sont baptisés, qu’ils ont témoigné à une de leur fille célibataire à Paris, qu’elle s’est rendue à l’église que le pasteur lui a indiquée et qu’elle s’est engagée avec Christ.
Puis l’année suivante encore, ils m’apprennent que leurs autres enfants s’approchent également du Seigneur et que celle de Paris s’est d’ailleurs mariée dans son église avec un chrétien veuf de son âge. L’année d’après, ils sont accompagnés par un gentil petit-fils de 12 ans qui fréquentait l’école du dimanche.
Ils m’ont visité ainsi jusqu’à leur mort, profitant du billet gratuit de la SNCF. Et après mon départ de Chaumont, ils sont également venus à Reims.

Un jeune ado, de petites affiches…

« Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé (…). C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. » Matthieu 13 :31

« Or, à celui qui peut faire (…) infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire » Ephésiens 3 :20

 

André