Dieu aime les jeunes (3)

Oswald est un jeune de ma rue, nous nous connaissons, nous nous saluons. Il a en cette année 1963 quelques années de moins que moi. J’ai décidé depuis quelques mois de confier ma vie et mon avenir à Christ et j’ai eu l’occasion d’avoir quelques partages rapides avec lui. Il sait désormais que je suis chrétien et c’est sans doute ce qui l’incite à me partager un problème qui, je le sens, l’angoisse :
– Je travaille aux usines de chaussures Bata, sur une chaine. En face de moi, se trouve une jeune femme mariée qui je le sens, me fait des avances (il a un physique agréable). Je n’ai pas du tout le désir de répondre à ses avances, mais je me sens de moins en moins armé. Je suis de plus en plus attiré mais je ne veux pas, car elle est mariée !

J’apprécie l’honnêteté de ces paroles, mais tout jeune dans la foi, dans ma relation avec Dieu et n’ayant pas de personne plus mûre à qui demander conseil, je me propose de réfléchir, prier. Le lendemain, un samedi, je l’invite à une grande promenade en forêt pour qu’ensemble, nous cherchions une solution. Assez solitaire d’habitude, il accepte volontiers.
Nous faisons une longue promenade qui mobilise mes oreilles, mes méninges et mon cœur. Mon angoissante prière était : Que dire ? Que faire pour aider ce jeune si bien disposé moralement ? Beaucoup même à cette lointaine époque auraient sans doute bien profité de cette « favorable » situation…
N’ayant pas reçu de réponse précise d’En-Haut, il me semble que le mieux est de faire comme Josaphat : « Nous ne savons que faire, mais nos yeux sont sur toi. » (2 Chroniques 20 : 12). Les problèmes trop difficiles, trop grands pour nous, ne dépassent jamais Dieu.

Je me rappelle cette expérience lors de ma première colo à Joli Bois Raon l’Etape (Vosges) en 1958.
Arrivé en retard, je l’ai déjà raconté, j’ai vite été happé par les activités, les combats et la difficile adaptation à vivre, comprendre, aimer ces ados dont certains étaient issus d’un milieu moralement en danger… Je me souviens avoir accepté comme une bouffée d’air frais ma journée hebdomadaire de congés. Ouf ! Heureux de retrouver pendant 24h la soupe de maman, vivre dans le calme, faire grasse matinée, se détendre, sans être obligé d’avoir constamment « mes ados » à l’œil. La journée passe vite et je rentre le soir par « autorail » où je choisis de m’installer devant pour avoir une vue panoramique. Nous sommes environ à 10km de l’arrivée quand tout à coup, j’aperçois au pied de cette vaste colline, la colonie comme un petit point blanc entouré de verdure. Là, curieusement, Dieu parla à mon cœur :
– Tu vois quand tu es là-bas, c’est tout un microcosme, tu as l’impression de vivre au centre de l’univers, tu vois des difficultés, des problèmes qui te paraissent immenses, insurmontables, écrasants, insolubles… mais regarde les choses d’En-Haut. Tu as vu, à cette distance, la colo est un minuscule point blanc gros comme une tête d’épingle. Ne suis-Je pas capable de résoudre tes problèmes et de t’aider ?
Et là, dans cet autorail, me rappelant cette pensée, je repartis tout renouvelé, ragaillardi : je n’étais pas seul pour affronter les difficultés du quotidien. Vues d’en-haut, ces problèmes étaient microscopiques et m’incitaient à penser qu’il y avait une solution : Sa solution.

C’est donc naturellement que je dis à Oswald dans cette forêt :
– Tu sais quoi ? Nous allons confier ce problème au Seigneur !
M’appuyant sur cette parole que j’avais lue dans l’évangile de Matthieu : « si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. » (Matt. 18 :19).
Il n’était pas difficile de trouver, dans cette vaste forêt, un endroit calme, dans une sapinière où les rares passants ne pouvaient imaginer au 20ème siècle, que 2 jeunes agenouillés parmi les écailles de leurs cônes, s’adressaient à Dieu et s’attendaient à Sa solution.
De retour du travail, le lundi soir, il passa chez moi pour me dire :
– André, Dieu a répondu ! En arrivant au travail ce matin, le chef m’a annoncé que ma « charmante collègue » serait désormais affectée à une autre chaîne ! Je ne la vois plus, donc je n’ai plus de problème ! ».
Mon cœur était dans la joie et dans la reconnaissance. Dieu a eu pitié de mon ami Oswald et j’étais convaincu que Dieu s’intéressait à nos besoins et avait Sa solution pour notre bien.

-André