Glorifier Dieu par sa mort

Hiver 1992 à Reims. Nous sommes un vendredi soir, c’est la réunion de prière à laquelle assistent des personnes qui, pour la plupart, sont des chrétiens engagés dans l’église. Aussi, dans la communion personnelle avec Dieu, ai-je préparé un message encourageant pour ceux qui se sont donnés à Christ, et combattent pour Lui dans la prière. Je suis satisfait du message reçu, il va faire du bien à l’église ! Ah, mais ce soir-là, il y a un imprévu… et je devrais toujours « prévoir l’imprévisible » …

Ce soir-là, 4 jeunes étudiants, étrangers à la foi mais curieux, viennent « voir ce que c’est ». L’un d’eux a trouvé une de nos invitations dans une cabine téléphonique de la rue la plus passante de Reims, il a réussi à convaincre 3 copines de l’accompagner et les voilà. Waouh, merci Seigneur, 4 nouveaux d’un coup ! Deux des jeunes filles sont arabes, l’autre est métis Arabe-Français et le jeune homme est Gabonais, d’un noir profond. Il me revient à l’esprit les paroles de l’un de mes professeurs :
– Entre le noir le plus noir et le blanc le plus blanc (ce qui est mon cas car je ne bronze pas vraiment, je rougis !!) la différence tient à un milligramme de pigment noir dans le sang !
J’avais alors médité longuement sur la grande horreur qu’est le racisme – vais-je me sentir supérieur en ayant un milligramme … en moins que mon frère de couleur ??

En partant en Algérie, je me réjouissais de rencontrer des gens de toutes sortes. Je me rappelle avoir pensé que côtoyer des gens de plusieurs cultures ou même de religions, peut-être un grand enrichissement pour moi. Soyons ouverts, réceptifs et cela élargira certainement mes horizons et ma compréhension des choses.
C’est ainsi que j’ai côtoyé un certain nombre d’Arabes Algériens et de noirs Antillais, tous ou presque sensibles à l’amitié. J’ai en mémoire ces paroles d’un Arabe : « Je t’ai un peu fui, j’avais peur de trop m’attacher à un frère tel que toi. » ; ou même cet Antillais qui aimait venir dans ma chambre de sous-officier pour cracher sa haine des colonisateurs et me dire : « Mais qu’est-ce que je viens faire ici ? ». Ce à quoi je répondais : « Et moi, que crois-tu que je vienne défendre : les oranges ou le gazole ? – ceux d’Espagne me coûtent moins cher mais je suis venu pour faire ta connaissance ! » – et notre rencontre se terminait toujours par une bagarre très amicale. Parti pour effectuer un stage, il m’envoya des lettres les plus gentilles qui soient, pleines d’affectueux sentiments.

Mais pardon, je m’éloigne de mon sujet… Donc, ce soir-là, quatre nouveaux étrangers à la foi. Il me faut laisser mon beau message édifiant et improviser un message accessible aux plus profanes, agrémenté de témoignages de chrétiens indiquant ce que Christ a fait pour eux.
Il faut croire que cette rencontre a trouvé un écho dans leur cœur puisque trois revinrent régulièrement et, par la suite, demandèrent à s’engager dans les eaux du baptême.

L’une d’elles, Farida, retourna à Chaumont où elle habitait. Elle fréquenta mon ancienne église, se maria, eu des enfants et tous participent encore activement à la vie de l’assemblée. C’est pour moi, à chaque fois, une joie de les revoir. Les deux autres, Stanislas et Fatima, étaient fiancés et décidèrent de se marier. Parce qu’ils étaient étudiants sans ressources, l’église se mobilisa tout entière pour organiser une simple mais belle fête (comme je l’ai d’ailleurs fait pour le mariage de chacun de mes trois enfants).

Quelques jours avant le mariage, Fatima était chez moi – j’habitais alors au-dessus de l’église. Tout à coup un inconnu entre à l’improviste, se dirige vers Fatima et, avant que je n’aie pu faire quoique ce soit, lui administre deux grandes gifles sans dire un mot. C’était son père (je l’appris par la suite). Je lui enjoins fermement de quitter ces lieux illico, ce qu’il fait tout de suite.  Un de ses fils vient ensuite me dire : – C’est parce que vous êtes chrétiens !
Ce jeune couple, Stanislas surtout, réjouit beaucoup mon cœur par son écoute, son sérieux, son engagement et sa compréhension joyeuse de la Parole. Il devint cher à mon cœur.

Quelques mois après son mariage, alors qu’il aidait à des travaux auxquels nous participions à Sedan, il s’écroula par terre… Après consultation, le médecin l’envoya à l’hôpital. Une sœur de l’église, infirmière, m’informa du diagnostic :
– Il a le cancer du foie ; si Dieu n’intervient pas, il ne lui reste que trois mois à vivre…
Seigneur, ce n’est pas possible !!! Il mena alors avec moi un grand combat contre la mort. Quand la morphine ne faisait plus d’effets, Fatima me téléphonait et quel que soit l’heure, je traversais la ville pour prier avec lui – et chaque fois, je dis bien chaque fois, Dieu l’apaisait.
Quatre mois passèrent… puis cinq… mais Stan ne guérissait pas. Son foie fonctionnant mal, son ventre grossissait. Ce beau jeune homme devenait invalide, marchait difficilement. Un jour, arrêté à un feu rouge, Dieu parla distinctement à mon cœur : – Quoi qu’il arrive, continue à prêcher que je suis l’Eternel qui guérit.
Ce message me glaça, car je compris que Dieu allait le reprendre.

Un soir à l’hôpital, sa prière m’émut beaucoup :
– Seigneur, ma vie est entre tes mains. Tu me guéris, Alléluia. Tu me reprends, Alléluia !
A la sortie, l’infirmière en chef me dit : – Il va mourir demain matin, je vous appellerai avant…
A son appel, j’accourus pour recevoir son dernier souffle. J’étais calme, j’avais mené ce combat avec lui jusqu’à la fin. Constatant sa mort, l’infirmière en chef tomba à genoux et pleura, pleura. Puis s’étant redressée, elle me dit : – Je n’ai jamais rencontré une foi si pure, si belle !

Leur fils, Nordine, est venu au monde trois semaines plus tard. Il a 27 ans aujourd’hui, il est mon ami mais c’est une autre et belle histoire…

Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu.
Jean 21 v.19

-André