Cas d’urgence !

Combien nous avons besoin que Dieu nous garde dans notre vie morale ! Combien nous sommes fragiles ! Ce n’est pas David, un homme selon le cœur de Dieu (Actes 13 v.32) qui me contredira, lui qui s’est fait lamentablement piéger sensuellement alors que ses troupes étaient au combat …
Un homme de Dieu a dit un jour que dans ce domaine, nous étions tous dans la même arène, aux prises avec les mêmes combats. Si je dévoile des moments intimes de ma vie personnelle, c’est pour affirmer que même dans les moments les plus délicats, là où on est le plus fragile, le Seigneur est prêt à nous aider. Il en est capable.

Nous sommes en février 1962, je termine mon stage de dactylo à Beni Messous. Un camion nous amène très tôt à la gare d’Alger. J’ai le choix: un train vers 6h30 en direction de Tizi Ouzou où je suis attendu ce soir-là (sans horaire précis) ou un autre à 12h30. Lequel choisir ? Je suis encore indécis quand un de mes anciens camarades de chambre m’interpelle :
– Je vais à la frontière du Sahara et serai sans doute obligé de rester plusieurs jours à Alger. Ce serait sympa si tu passais la matinée avec moi !
J’ai la réponse à mon interrogation: ça fait plaisir à ce sympathique compagnon, alors je ne partirai qu’à 12h30. À peine descendus du camion, alors que nous sommes encore en groupe, un camarade lance : – J’ai un calot en trop, cela intéresse-t-il quelqu’un ?
Sans trop réfléchir, je lève la main et le reçoit. Ne sachant qu’en faire, je le glisse entre mon pull et ma chemise, me demandant pourquoi j’ai bêtement accepté ce « cadeau ».

Mon jeune camarade, enrôlé dans les commandos, me raconte ses péripéties dans le Djebel : poursuites de l’ennemi, embuscades, faits d’armes ; quelle différence avec mon service bien plus paisible dans un bureau. Même si parfois j’en sors pour faire des patrouilles, ouvertures de route, contrôles de papiers avant le couvre-feu, et bien sûr gardes toutes les trois nuits environ. Comparé à mon action tranquille, ce jeune homme me paraît un héros. Nous visitons un jardin botanique où se trouvent lions et singes que je trouve agressifs – ils lancent avec violence tout ce que vous leur donnez, ne serait-ce que des cacahuètes. Décidément, en ces temps de guerre, même les animaux sont batailleurs.

Étonné de sa connaissance de la ville, il me dit :
– C’est normal, j’ai une permission tous les dimanches. Je suis un habitué d’une « maison de tolérance » dans la Casbah.
Il me décrit alors en long et en large ses « descentes » et la beauté des filles qu’il a contactées. Ses récits piquent ma curiosité et, remarquant mon intérêt, c’est tout naturellement qu’il me propose :
– Si tu veux, on y va – mais moi je serai sage, je n’ai plus d’argent !
Ça y est, nous y sommes. Dans une petite ruelle peu engageante, il y a une grande pièce avec, au fond, un bar où il faut obligatoirement consommer. Waouh, que la boisson est chère et je paie pour deux ! Alors que je déguste ma « très chère boisson », une très jolie jeune fille vient vers moi – mon copain qui la connait comme ancien client lui fait comprendre « no money », si bien que tout naturellement, je suis sa proie.

Avant que je n’aie pu esquisser le moindre geste, elle se saisit de mon calot et me dit : -Je te le rends si tu ‘’montes’’ avec moi !
Je lui montre celui que j’ai glissé précédemment entre mon pull et ma chemise: un-zéro pour moi, ouf !
Dépitée, elle me le rend et entreprend son plan d’attaque numéro deux. C’est une experte, elle connaît les points faibles des hommes et ne manque pas d’abuser de ses « charmes ». Je réalise bientôt que je suis prêt à vendre mon âme pour conclure avec cette « charmante » femme impudiquement habillée.
J’ai au départ éprouvé une sorte de pitié mêlée de tristesse voire même d’un profond dégoût à l’égard de cette fille et de sa situation. Quel dommage qu’une si jolie créature vende ainsi son corps au premier inconnu qui se présente… Mais à présent il ne reste plus que le désir, fini les beaux sentiments. En plus, il n’y a personne (c’est en semaine, le matin), nous pourrons rester plus longtemps.

J’ai le désir brûlant, j’ai le temps, j’ai l’argent… que demander de plus ? Allons-y !
Tandis que je saisis le billet demandé, ma tentatrice me prend la main, et de l’autre tient la clenche de sa chambre. Quel moment charmant, quel homme ne m’envierait pas en si douce situation ?
Mais avant de sortir mon billet, une voix suppliante et puissante m’interpelle :
– André ! Et ta pureté !
Je ne peux m’empêcher de penser : – Ah non, même ici ! Même dans cet épisode de défaite morale !!!
Deux secondes avant, je ne pensais qu’au plaisir – et là, cette voix de Dieu frappe ma conscience. Sans ressources face à la force d’attraction de la débauche, je crie intérieurement « Seigneur, aide-moi ! » et immédiatement le désir se retire. Le charme est rompu, je relâche le billet et dit à la jeune femme : – Je ne viens pas avec toi.
Malgré ses caresses, je la quitte le cœur léger et ferme, l’âme apaisée.

J’ai médité longtemps sur le fait que Dieu me connaît par mon prénom et qu’Il répond puissamment, avec rapidité dans les cas d’urgences majeures !

Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu.
1 Corinthiens 6 v.20
Fuis les passions de la jeunesse, et recherche la justice, la foi, la charité, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur.
2 Timothée 2 v.22
-André