Un temps de formation

Le lecteur de la Bible constate qu’après le baptême de Jésus, l’Esprit de Dieu descend sur lui comme une colombe avec l’approbation de Dieu par cette parole qui se fit entendre des cieux : « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j’ai mis toute mon affection. » (Matthieu 3 v.17). Il y a ensuite le chapitre 4, celui de Sa tentation terrible et victorieuse.
Le disciple n’étant pas plus que le maître (Matthieu 10 v.24 ) l’année 1968 fut très formatrice pour moi.

Mon ami Marcel Vernier m’avait confié pour 8 jours sa librairie évangélique à Strasbourg et parlait de m’en faire donation si j’avais l’appel à servir Dieu de cette manière. Mais ces jours intéressants (j’avais à disposition des centaines de livres) ne m’ont pas laissé comprendre que ma place était là, au grand regret de ce cher frère.

Il y eut aussi 8 jours d’évangélisation à Reims avec Opération Mobilisation (O.M.). J’ai fait mes premières armes en colportage avec un jeune anglais sympathique qui ne « speakait » pas un mot de français et qui me disait : « You speak, but I pray for you ! ». C’est ainsi que nous sommes arrivés au milieu d’une réunion de témoins de Jéhovah, à Croix Rouge. La locataire, une jeune femme, me fit entrer dès que je lui parlai de la Bible. Quatre femmes avec une « propagandiste » autour de leur petit livre bleu « La vérité qui conduit à la vie éternelle », si je me souviens.
La responsable m’entreprit de suite :
– Monsieur, avez-vous fait votre service militaire ?
Elle voulait ainsi démontrer combien j’étais dans l’erreur puisque la Bible dit : « Tu ne tueras point » (Exode 20 v.13). Comprenant sa stratégie, je lui répondis :
– Oui, et grâce à lui, j’ai pu réellement connaître et rencontrer Christ !
Cette réponse devant ses adeptes la déstabilisa, je le sentis. Elle me dit alors :
– Avez-vous été baptisé, comme le dit la Bible, c’est-à-dire trempé, immergé dans l’eau étant adulte ? (sens étymologique du mot ‘’baptême’’).
Je m’étais posé la question mais n’avait pas encore pris de décision concrète :
– Pas encore, mais je prends ici l’engagement, aussitôt rentré chez moi, de chercher une église qui baptise par immersion, et de me faire baptiser !
A ma surprise, elle cessa-là son interrogatoire et se retira. Je pus donc témoigner aux quatre femmes attentives restées autour de cette table, sous le regard étonné de mon camarade « prieur ».
« Celui qui cherche, trouve » (Matthieu 7 v.8)

Dieu m’aida et le 8 juillet de la même année 1968, je fus baptisé dans la Vezouze à Domêvre-sur-Vezouze, par le pasteur suisse Pierre Morier Genoud. Il avait abandonné son métier d’ingénieur pour se concentrer au pastorat, à Bertrimoutier (dans les Vosges), et y avait transformé sa maison en maison d’accueil pour enfants de la DASS.
Le couple n’ayant pas d’enfants, ils en avaient adopté un, le petit Pascal, qu’ils élevèrent avec foi et amour.  J’entends encore la prière de ce petit ‘’bout’’ : « Béni le soleil, Seigneur, car il a chaud ! ». C’est dans cette grande maison que se tenaient aussi des camps de jeunes et des colos, auxquels j’ai souvent participé pour mon plus grand bien spirituel. Philippe, le successeur de Pierre (reparti en Suisse diriger une œuvre) fut pour moi un ami sérieux et profond, que je côtoyai plusieurs années et qui fut pour moi sources d’encouragements et d’inspiration.

Cette semaine à Reims fut très enrichissante : chants en groupe rue de Vesle (j’eus aussi un jeune équipier hollandais très zélé qui, bien que pratiquant un français un peu hésitant, parlait de tout son cœur et avec conviction aux gens contactés), études enrichissantes et profondes de Bryan Tadford, un brillant enseignant universitaire, entre autres, dont certaines de ses paroles restent encore 52 ans plus tard dans ma mémoire …
Ce qui me frappa surtout, ce fut la vie vécue par la foi. Aucune demande n’était faite pour les frais de repas ; seul un tronc était laissé pour la libre participation, duquel était retiré chaque jour le montant pour les achats quotidiens.
Un jour, surprise, il ne fut trouvé que le montant nécessaire pour l’achat de pommes de terre – le menu ce jour-là ne tenait que sur une ligne : entrée, plat de résistance, viande, salade, fromage et dessert = pommes de terre en robe des champs, néanmoins en quantité suffisante pour satisfaire l’estomac le plus exigeant !!
J’ai encore en mémoire ce modeste repas, il parut à mes yeux somptueux, comme un repas de fête, d’une délicatesse, d’une bonté (dans le sens de bon et empreint de bonté). Nous étions repus, satisfaits, heureux. Oui : « L’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Matthieu 4 v.4)

Je suis rentré de ce séjour rémois enrichi et heureux ! Ecclésiaste 8 v.12 : « Le bonheur est pour ceux qui craignent Dieu ». Allégé aussi d’un beau pull chiné gris et noir que ma maman venait de me confectionner avec amour et patience et que j’oubliai ou que l’on me déroba à l’auberge de jeunesse où nous logions alors.
Mon bonheur ne fut pas partagé par ma maman … Pardon maman pour ma négligence, toi qui t’étais donnée tant de mal pour ton « grand ».
Ce camp à Reims m’a propulsé vers le baptême. J’ignorai bien sûr, à l’époque, que 12 ans plus tard, Dieu me conduirait à évangéliser cette ville, dans laquelle je vis 40 ans plus tard … Après le baptême vint l’épreuve, la tentation, mais ceci est une autre histoire !

-André