Sauvé par un clochard

Une lecture de ce matin m’a interpellé.

Un ami de Charles Simon, prédicateur du 19e siècle, a découvert que même après sa retraite (suite à 54 ans de ministère) celui-ci continuait à se lever très tôt tous les jours pour prier et étudier les écritures. Lorsqu’il lui suggéra de lever le pied, il a rétorqué :  -Je devrais maintenant arrêter de courir de toute mes forces alors que la ligne d’arrivée est en vue ?

Personne ne sait réellement quand sa ligne d’arrivée sera en vue. Pour ma part, j’ai à peine 50 ans de ministère mais je réalise qu’il faut que je l’applique à raconter toutes les choses merveilleuses vécues avec mon Créateur.

Je suis au printemps 1971 à Chaumont, où j’exerce mon ministère depuis moins d’un an. L’appartement au-dessus de la salle de réunion étant en travaux et inhabitable encore, je loge à la salle. Mon lit se trouve derrière un rideau, derrière le zinc de l’ex-café des Tanneries à propos duquel un éboueur m’a dit : – Qu’est-ce qu’on s’est mis derrière la cravate ici !
Il y a aussi une gazinière, un évier et quelques ustensiles de cuisine avec lesquels je me sens riche.

Bernard, un des jeunes, vient de trouver un emploi temporaire dans une fonderie à Bologne, 10 km d’ici. Il sort les soirs à 22h et ne peut participer à notre réunion de prière. Il me demande :
– Est-ce que je pourrai passer vous voir à la sortie de mon travail afin que nous puissions prier ensemble ?
Il me propose un soir.
– Pas de problèmes, je t’attends.
– Mais ce n’est pas sûr, si je suis trop fatigué, vous vous voudrez bien excuser mon absence.
– Ce n’est pas grave.

Le soir en question, je m’allonge sur mon lit et m’assoupit en attendant mon ami… Plus tard, je suis réveillé par des coups frappés à la porte. Ah, c’est Bernard, me dis-je. Tout en me dirigeant vers la porte, je consulte ma montre : il est près de minuit. Intrigué, j’ouvre… et me trouve en face d’un clochard !
Je le connais pour l’avoir déjà hébergé une nuit… Pour me remercier, il avait bu en douce la presque totalité d’un litre de vin destiné à la sainte Cène. J’avais retrouvé la bouteille vide bien plus tard derrière la bouteille de gaz d’un chauffage d’appoint. Et quand je lui avais demandé de m’aider à balayer la salle, j’avais retrouvé, deux minutes plus tard, mon balai contre un mur et le balayeur envolé ! Le balai ne se boit pas, lui.

Et il était là devant moi ce soir, à près de minuit. Assez durement je lui demande : – Qu’est-ce que tu veux ?
Souriant, il me répond : – Un verre d’eau.
Maugréant intérieurement, je vais chercher un verre d’eau, plus désireux de lui envoyer que de lui donner !

Il n’avait pas dû boire beaucoup d’eau de la journée et son attitude montrait qu’il n’appréciait pas particulièrement ce liquide là. Avec mes yeux endormis, je le vois avaler à petites, toutes petites gorgées… Quel escargot, j’ai envie de le houspiller. Schnell ! Quick ! Fissa !

Tandis que j’attends fort impatiemment, surprise. Ma porte s’ouvre et un homme que j’avais rencontré une ou deux fois me demande : – Pourrais-je vous parler ?

J’en profite pour expédier mon « buveur » qui sirote ma bonne eau avec dégoût. Avec son accord, je lui laisse quand même un nouveau testament (que je trouverai mouillé le lendemain sur le muret de la voisine).

Mon nouvel interlocuteur s’appelle Joël me semble-t-il. Sa vie de patachon, frimeur, flambeur l’avait amené à la faillite. L’huissier allait venir saisir très prochainement son mobilier pour essayer de combler les trous.

– Cela fait plusieurs nuits que je ne dors pas, me dit-il. Ce soir, de honte, j’ai essayé d’en finir avec la vie. J’ai pris ma DS pour rouler à toute allure et me jeter dans un arbre. Je suis parti à fond la caisse mais en route une pensée en route m’a traversé l’esprit : « Et si c’était vrai ce qu’on m’a raconté ? Que Dieu existe, qu’il m’aime… »

Il a alors lancé une sorte de pari :
– Dieu, si tu t’intéresses vraiment à moi, je vais passer devant l’église évangélique (où il avait été contacté). Pour me prouver qu’il y a de l’espoir pour moi, permets qu’il y ait de la lumière à cette heure tardive (près de minuit !). Et juste au moment où je suis passé, quelqu’un frappait à votre porte et vous avez allumé la lumière !

Nous avons parlé, échangé jusqu’à près de 4 heures du matin. Je l’ai invité à se confier à Christ le Sauveur et prié pour lui, sa famille et sa situation critique. Puis, inspiré je lui dis :
– Maintenant, c’est un ordre, tu rentres chez toi (il habitait à 13km de là) et tu dors. À ton réveil, tu reviens et on prie encore.

Il est revenu en fin de matinée : – J’ai dormi comme un bébé !
Dans les jours qui suivirent, la saisie a été reportée puis annulée. Mais malheureusement il ne s’approcha pas de Dieu car il avait une vie morale fort dissolue qu’il avait du mal à abandonner.
Il encouragea quand même son neveu Dominique à se joindre à nous. Ce dernier a fait une belle rencontre avec le Seigneur, et plus de 40 ans plus tard, Dominique forme avec son épouse un couple engagé et actif dans mon ancienne église. Merci Seigneur pour les « buveurs d’eau » !

C’est lui qui délivre ta vie de la fosse, qui te couronne de bonté et de miséricorde.
Psaume 103 verset 4

Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce pour être secouru dans nos besoins.
Hébreux 4 :16

 

– André