DE SOLO A DUO (1)

Une de mes chères petites filles, à qui je dicte mes textes pour les saisir sur son ordinateur, m’a dit au moins deux fois : – Ça serait bien que tu écrives comment tu as connu nôtre grand-mère…

Au fait, oui, comment ?

Cette longue aventure (48 ans de mariage) a peut-être commencé ce jour de Juin 1971 à l’occasion d’une de mes visites mensuelles chez mes parents à Lunéville (je sers le Seigneur depuis un peu moins d’un an à Chaumont). Ma chère maman, inquiète de l’avenir sentimental de son « grand » profite d’être en face de moi pour me re-re-re-re-redire ce qu’elle m’écrit inlassablement chaque semaine : « Jamais une femme ne voudra pour époux un homme comme toi, qui vis de mendicité publique comme un clochard ».
J’ai entendu cette phrase à chacune de mes visites et l’ai lu dans chacune de ses missives hebdomadaires. Ayant définitivement quitté le cocon familial le 1er Octobre 1969, un rapide calcul m’apprend qu’en cette fin Juin 1971, j’ai déjà reçu environ quatre-vingt-dix lettres avec ce même message (accompagné il est vrai des nouvelles familiales, santé, visites, etc.). Jusqu’ici, je n’ai jamais relevé ses propos qui m’amusent car je me sens pleinement riche de paix, d’Amour, de satisfaction, et de bonheur, à défaut du « matériel ».

Ce jour-là, il me semble opportun de lui dire :

– Maman, de deux choses l’une, soit Dieu existe, soit il n’existe pas. S’Il n’existe pas, tu as raison, je gâche ma jeunesse… Maintenant, s’Il existe (je sais très bien que c’est sa conviction) il y a deux possibilités. Soit il s’occupe de nous, soit Il ne s’occupe pas de nous. S’Il ne s’occupe pas de nous tu as raison, je gâche ma jeunesse, aucune femme ne voudra d’un clochard comme moi. Mais s’Il s’occupe de nous, suis-je si idiot de lui faire confiance ?

Je la laisse sur cette interrogation, qui, si elle ne la convainc pas, la laisse au moins songeuse…

Début Juillet un ami de passage me demande si je peux recevoir une équipe de jeunes chargée d’évangéliser tous les villages du secteur. « – Ils seront une dizaine et tu pourras manger avec eux ».

Avoir la maison envahie par des jeunes n’est pas pour me déplaire. J’ai déjà accueilli quelques mois auparavant l’équipe d’une formation biblique dont je garde un lumineux souvenir.
Le Jour J est là, l’équipe arrive et…surprise ! Ce ne sont que des filles qui vont partager mon quotidien une quinzaine de jours, ce qui m’oblige à « déménager » de notre pièce indépendante.
Vous pensez peut-être que c’est l’occasion pour Dieu de m’aider à trouver « chaussure à mon pied » ? Erreur ! Parmi l’équipe, une sœur est française, charmante d’ailleurs mais elle est fiancée. Il y a une jeune suédoise qui n’a aucune pratique du français, et à qui je dois d’avoir appris à dire merci dans sa langue (mais je n’ose pas l’écrire car j’en ignore l’orthographe).
Hé oui… Merci, car lors de son jour de congé, c’est elle qui a été désignée pour préparer mon repas. Après une longue attente (il est plus de 13h00), elle m’appelle enfin pour la suivre dans « ma » cuisine. Il n’y a rien d’autre qu’une poêle vide sur la gazinière mais bien vite elle casse un œuf. Une fois cuit, elle me le sert et me présente un pot de confiture aux fraises bon marché. A mon regard étonné, elle me fait comprendre de mélanger la confiture à l’œuf… Pensant naïvement qu’il s’agit d’une recette suédoise, j’obéis et touille comme demandé…C’est assez joli, une couleur un peu orangée, un goût spécial pour moi, mais tous les goûts sont dans la nature…Mon estomac affamé a évidemment vite raison de cette jolie bouchée, j’attends donc la suite… qui n’est jamais venue ! Je me suis dépêché de courir à la boulangerie du coin, heureusement encore ouverte (ouf !), pour me procurer une baguette de pain très appréciée.

Il y a encore une suissesse alémanique au français hésitant, des anglaises, dont une avec des lunettes en forme de papillons, et des américaines dont une s’exprime assez bien en français.
Un soir, alors qu’elles s’apprêtent à sortir, je leur rappelle ma réunion de prière à 20h et leur demande d’être discrètes en rentrant. Mais en ce soir d’été, aucun chrétien n’est venu…Je suis resté seul près du poêle à fuel pour faire moins seul. De retour à leur heure habituelle (vers 20h 30), les filles rentrent sur la pointe des pieds pour ne pas déranger.
– Tiens, la réunion est déjà finie ! me dit la responsable.
Avec humeur, je réponds : – Oui, elle est finie.

Mais pour nous, à suivre…

 

– André