DE SOLO A DUO (3)

Peu après cet engagement (m’inscrire à une convention biblique si je recevais 200 francs) Frère Kennel vient me visiter un matin.
– André, viens nous allons à l’hôpital prier pour Mr Herbert, il est natif du village et a eu un accident cette nuit. Sa voiture a dérapé sur des gravillons et il a heurté le parapet du pont, sa roue a éclaté, il est dans le coma.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Cet homme, la cinquantaine, git sans vie apparente sur son lit d’hospitalisation. Nous prions de tout notre cœur et repartons.
– Retourne le visiter et prie pour lui, me recommande Frère Kennel avant de retourner à St Dizier où il exerce son ministère.

C’est ainsi que le lendemain après-midi, je suis près du lit de Mr Herbert que je trouve bien éveillé. Nous faisons connaissance et il me dit :
– Je vous ai entendu lorsque vous avez prié pour moi, j’ai surtout retenu : « Alléluia!».
C’est une joie de partager avec cet homme qui a trouvé Dieu après une vie de débauche. Par la suite, lorsqu’il sera de passage, il ne manquera pas de me visiter en m’apportant des douceurs « fabrication maison » (miel, confiture, pain d’épices). Il viendra même un samedi matin par surprise me dire :
– Afin de t’encourager, je suis venu t’inviter à déjeuner dans un restaurant chic !
Je ne me souviens plus du menu, mais en entrée il avait choisi du foie gras (tant pis pour les amis des animaux). Il n’avait pas manqué le but. J’étais reparti, reconnaissant au Seigneur et à lui, et très encouragé de ne pas être entièrement seul !

Mais n’anticipons pas. Le jour de la deuxième visite, il me dit, et ces mots sont restés gravés là, dans ma mémoire :
– Dieu m’a demandé de te donner quelque chose. J’aurais pu te donner plus ou te donner moins, mais je te donne la somme qu’Il m’a demandée de te remettre.
Rentré à la maison, j’ouvre l’enveloppe et découvre… la somme de 200 francs ! Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?

Désireux de respecter mes engagements, je m’inscris le jour même à la convention biblique…
Mais la veille du départ, catastrophe, je tremble de fièvre dans mon lit… Je ne me rappelle pas de toute ma vie avoir subi une fièvre aussi carabinée. Et la sagesse humaine me fait dire qu’il est impossible de m’y rendre dans cet état ! Je me rappelle cependant l’injonction du Seigneur : « Je veux !». Ma décision est donc prise : – Même si je suis mourant, j’irai !

J’y suis donc allé, fébrilement… La Convention débutait le dimanche mais je n’ai pu m’y rendre que le lundi à cause de mes exigences pastorales auxquelles je ne voulais pas déroger. Nous logions sous tente, et bien entendu la seule place laissée libre était celle près de la porte, là où le courant d’air s’accordait très mal avec mon état grippal persistant.

Cette semaine n’a pas été facile. Le matin, la toilette se faisait dehors sous de grands arbres dégoulinants de pluie. Pluie qui nous accompagna pratiquement toute la semaine. Nos lavabos étaient des abreuvoirs, et l’eau arrivait par des tuyaux en caoutchouc percés de trous qui nous giclait une eau froide à hauteur des mains tout en aspergeant des gouttelettes des autres. Cela ne nous incitait pas à des ablutions prolongées.
Les réunions étaient nombreuses. Elles commençaient par un moment de prière et se terminaient par une réunion publique, orientée vers l’évangélisation. Chaque matin et chaque après-midi était ponctué de deux réunions, au demeurant fort intéressantes puisque près de cinquante ans plus tard, je garde le souvenir d’une profondeur et d’une teneur qui m’ont marqué durablement.

La quantité de réunions, six par jour, était difficilement supportable par mon esprit embrumé d’une sorte de fièvre latente. La richesse des propos, études et moments de partage étaient celles que j’attendais. Celle que je n’attendais pas, par contre, c’était Simone.

J’avais rencontré Simone en Août 1963 à un camp de jeunes à Sumène dans les Cévennes et l’avais trouvée intéressante mais je ne me sentais pas assez mûr à l’époque et n’avais donc pas désiré garder le contact. Je la retrouvais là, avec une certaine émotion, au milieu de 600 participants à cette Convention bénie. Mais dans cette cohue et vu mon état, comment garder un contact sérieux ?

 

– André

Recommande ton sort à l’Éternel, mets en lui ta confiance, et Il agira.
Psaumes37: 5

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