DE SOLO A DUO (4)

Simone et moi nous sommes retrouvés un matin après le petit-déjeuner. Le responsable avait eu l’excellente idée de choisir des « privilégiés » pour la vaisselle choisis parmi les lettres H à L. Son nom de famille commence par H et le mien par K, nous ne pouvions pas nous manquer.

Tout naturellement, nous avons évoqué ces huit années qui nous séparaient de notre dernière rencontre…Et là, deux choses m’ont frappé.
D’une part nous avions mûri spirituellement (fort heureusement !) L’un et l’autre, séparément, avions réalisé notre besoin de nous engager avec Christ et manifesté cet engagement par les eaux du baptême par immersion (elle le 21 Juillet 1968 et moi le 14 Juillet de la même année). Ce qui ne manqua pas de m’interpeller.
Une deuxième chose a éveillé mon esprit. Elle me dit :
– J’ai reçu un appel à servir Dieu (tiens, tiens…) et pensais aller enseigner dans un collège en Afrique mais je n’ai pas pu avoir les examens requis si bien que je ne sais ni quoi, ni comment (re -tiens, tiens…)

J’ai honte de l’écrire quarante-neuf ans plus tard, mais j’ai été tellement saisi par les confidences de Simone que je crois bien n’avoir essuyé qu’un bol, et elle aussi il me semble… Mais je vous rassure, rendus propres comme un sou neuf tant ils ont été essuyés et ré-essuyés. Pardon aux autres équipiers de la plonge matinale, pour la presque inexistence « main d’association » à ce privilège de la vaisselle !

Je l’ai quittée, comme Marie à l’Annonciation (Luc 2 verset 19) « elle gardait toutes ces choses les repassant dans son cœur » … Ces « choses » en seraient sans doute restées à ces timides balbutiements, à cause d’une part de l’intensité des activités et d’autre part de mon état physique que les courants d’air et la pluie n’atténuaient pas ! Mais quand Dieu a un plan, Il veille lui-même à son accomplissement…

Cela arriva fortuitement ! Dans ce camp dans les Vosges se trouvait une institutrice que j’avais rencontrée plusieurs fois au cours de réunions chrétiennes. Elle m’avait reconnu et très gentiment proposé :
– Il me reste une place dans ma voiture, si tu veux parcourir un bout de chemin, ce qui te fera économiser une partie du trajet en train…
Bonne idée, elle me déposerait alors à 30 km de chez mes parents que j’avais l’intention de visiter avant mon retour à Chaumont, la chère ville gravée sur mon cœur, celle où Dieu poursuivait son œuvre d’approfondissement en moi. Ça y est, c’est le jour du départ… Cette jeune institutrice me donna rendez-vous à une certaine heure et à un endroit précis de la vaste propriété.

Je ne suis pas arrivé à l’heure, assailli par plusieurs camarades dans notre tente commune. « – Laisse-moi tes coordonnées… », bien sûr pas d’argent pour des cartes, alors tout doit être fait à la main… Et malgré une petite course, j’arrive dix minutes après l’heure fixée. Bizarrement, elle n’est pas là mais à cet endroit se trouvent quatre jeunes filles. Il y en avait une que j’avais rencontrée dans la région parisienne lorsque j’étais étudiant à l’Institut Biblique ; avec d’autres, nous avions chanté des chœurs dans le métro parisien. Une autre était… Simone et il y avait Élisabeth sa sœur aînée. Et comme le monde est petit, nous avons découvert, plus tard lorsqu’elle devint ma belle-sœur, en visionnant des photos, que nous avions participé à un camp de jeunes chrétiens en 1960 « Aux Sources » dans les Vosges, près de la Schucht.

Curieusement Simone me demande :

– As-tu des projets pour cette prochaine année ?
– Oui, je lui réponds. J’envisage de commencer un club d’enfants. Mon problème, c’est que je n’ai pas de matériel.
– Ah, mais mon Église en a et elle les prête à qui les lui demande : des films fixes sur des textes bibliques et des flanellographes (personnages en flanelle) pour les leçons bibliques. Donne-moi ton adresse, je t’enverrai le catalogue.

Je donne mon adresse à Simone et zou, ma conductrice l’institutrice arrive. Et me voilà parti pour une aventure qui dure depuis… quarante-huit-ans !

 

– André