DE SOLO A DUO (6)

Je reviens à Simone. Merci Seigneur pour les outils prêtés par son Église afin de rendre attractives et parfois ludiques les leçons bibliques pour enfants. Il y a quelques mois, lors d’un passage pour une mission, un de mes « élèves », quarante-huit ans plus tard, m’a sauté au cou en me disant « Vous êtes comme mon papa ! ». Si l’œuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense (1 Cor 3 verset 15).
De nos jours encore, je dois constamment me poser la question « Sur quoi est-ce que je bâtis, sur quels fondements, avec quels matériaux ? Est-ce -que je mène mes contacts à moi, ou à Christ ? S’ils ouvrent leurs cœurs, vont-ils devenir kesteliens ou chrétiens ? »

Certes, dans un premier temps, c’est normal qu’ils s’attachent à leur « père spirituel » ou témoin. Les apôtres Pierre et Jean dans Actes 3 verset 4 à l’homme boiteux de naissance, ne lui ont pas dit « Regarde à Jésus » mais « Regarde-nous ». ce qui nous oblige à vivre vraiment en Christ de telle manière que le nouveau puissent « voir » Christ à-travers nous. Actes 4 verset 13 « ils (les chefs des peuples, les anciens, les scribes), les reconnurent pour avoir été avec Jésus ».

Après la première leçon, le matériel est renvoyé à Simone, avec une nouvelle commande et d’autres nouvelles de l’œuvre de Dieu de ce « petit coin » de la vaste vigne du Seigneur. Par retour, un autre paquet, une autre leçon, et le « nouveau »de mon quotidien comme jeune serviteur, puis retour, puis un autre, avec d’autres nouvelles, puis retour, puis … Là, j’ai pris le temps d’une pause. Il fallait que je connaisse profondément la pensée du Seigneur. Je ne voulais en aucun cas frustrer et blesser une « si belle jeune fille » aux sentiments si purs si éventuellement était prévu un autre plan pour elle… ou pour moi.

Trois semaines de silence, de solitude en commun avec Christ, et une grande paix, une conviction qui s’installa « Tu peux continuer à correspondre ». Quelle va être la réaction de Simone à mon silence volontairement prolongé lorsque je lui expliquerai que j’ai la liberté (de Dieu) pour continuer à poursuivre notre correspondance ?

Moment d’attente un peu anxieux… Avec l’heureuse surprise de son courrier : « Je me suis placée devant le Seigneur pendant ces jours, et j’ai l’entière liberté de continuer à correspondre avec toi … »

Cette lettre me réjouit-elle ? D’un côté oui, d’un autre, j’étais un peu craintif. Heureusement Ésaïe 9 verset 5 nous apprend que le Fils de Dieu est appelé « Admirable conseiller ».

Quel privilège quand on a en plus un conseiller humain, à la maturité humaine, spirituelle et éclairée, à qui on peut ouvrir son cœur pour lui demander conseil… J’avais touché deux mots à Frère Kennel, mon mentor, je lui avais même montré une photo de groupe où se trouvait Simone… Mais elle datait de plus de sept ans …Je savais qu’il priait pour moi, pour « ça » (pour que je trouve une compagne de Combat) mais il habitait à quatre-vingt kilomètres, je n’avais pas de moyen de locomotion, si ce n’est mon vieux vélo, souvenir du BEPC, cadeau de ma gentille grand-mère. Je l’ai d’ailleurs prêté peu après à un « contact » pour l’aider à aller au travail mais il se fit broyer par une voiture car négligemment garé au Foyer des Jeunes Travailleurs. Alors, prêter c’est parfois donner un peu…

Il y avait bien le téléphone… Mais d’une part, je ne le possédais pas, (je ne l’ai eu que trois années et demie plus tard, cadeau de mes parents à la naissance de mon fils). « L’ouverture » de cette ville ne produisit pas « une Église électronique » ! Je devais aller les jours ouvrables à la poste et demander au guichet 4 le numéro désiré… Tremblant un peu en appréhendant le prix de la communication « Pourvu que je puisse la payer » ; car il est arrivé que mon appel tombe sur Sœur Kennel ; « Attendez, André, René est au jardin, je l’appelle », et avec un soupçon d’angoisse le temps étant compté et traduit en monnaie due. J’entendais ouvrir une fenêtre, appeler « René, c’est André au téléphone » puis des pas dans l’escalier et enfin la voix connue et aimée, qui ne se doutait pas de l’angoisse de mes fils de conversation… Quel privilège d’avoir un Conseiller. Un homme, une femme sur qui repose la grâce de Dieu. Qui a su persévérer dans la foi, conduire sa famille au Seigneur, et qui vous aime.

 

« Le Salut est dans le grand nombre de conseillers »
Proverbes 11: 14