DE SOLO A DUO (7)

Simone a le feu vert pour continuer à correspondre avec moi ; Il m’appartient dans ce cas de prendre une décision, d’entreprendre une initiative. Je ne suis pas un « tombeur de filles » aux paroles facilement galantes.

Il y a bien une fille gentillette qui est venue me trouver après une convention où il m’avait été demandé de chanter un cantique, et qui, avec ses beaux yeux de velours (elle était originaire de Sicile) m’avait lancé tout de go, sans avoir froid aux yeux : « Le Seigneur m’a montré que tu serais mon mari ! ». Tiens, bizarre, à moi, pourtant particulièrement concerné, il n’avait rien montré…
Néanmoins, soucieux de ne pas rater ce qui pouvait peut-être, être une occasion que le Seigneur m’offrait, j’avais accepté de la rencontrer en tête à tête avec la bénédiction de son pasteur, Frère Kennel, soucieux de la caser, et par la même occasion, de caser aussi ce vieux célibataire endurci qui faisait sans doute un peu pitié avec sa mini cuisine, ses quelques rares ustensiles, ménagers (casserole, assiettes, couverts et bols offerts à Noël par quelques chrétiens)… et Ses livres !
J’acceptai donc de faire quelques pas en forêt (hé oui) avec cette charmante jeune fille qui me « tombait dans les bras »… Façon de parler, car les miens n’étaient pas ouverts, trop soucieux que j’étais de rechercher la pensée du Seigneur. Je me disais « Le mariage, c’est quelque chose de sérieux, c’est pour la vie, je veux absolument connaître la pensée de mon Créateur. Tant que je ne l’aurai pas, je resterai distant sans équivoque ». Pas question même de lui tenir la main, même s’il me semblait que S. (première lettre de son prénom), aurait été contente et ne demandait que cela !
La pauvre, il ne se passa rien de romantique ! Je lui posai une « foultitude » de questions, guettant ses réponses, d’accord ou non, d’aller plus loin avec elle. Dans sa sincérité et sans doute sa naïveté, elle me dit : « – Moi, ce que j’aime, c’est le luxe, les fourrures… » J’ai failli éclater de rire dans cet accueillant Frouchi (le nom de la forêt), un rire joyeux et puissant. Je n’ai rien dit, nous sommes rentrés sagement comme nous étions venus, moi riant intérieurement en pensant qu’au mieux je n’aurais pu lui offrir que des bijoux en plastique trouvés dans des paquets de « bonux ».
Comme Dieu est sage ! Plus tard, suite à une autre déception, elle quitta la Convention puis quitta le Seigneur, avant de revenir avec un jeune employé dans une banque. Sur mon invitation, je la visitai avec Simone, dans sa maison de Maître où elle résidait avec son banquier de mari. Une promotion les a conduits dans les Alpes….Puis ils ont disparu de écrans spirituels.
Non, ma chère S., le Seigneur ne t’avait pas montré que je serais ton mari. Ouf pour toi ! Car celui que tu as choisi peut, sans doute, t’offrir ce que ton cœur désirait tant : « Du luxe et des fourrures »… Il faut savoir ce que l’on veut dans la vie.

J’ai donc pris la décision de visiter Simone à Mulhouse. Comme elle n’avait pas le droit de recevoir des garçons dans le logement que lui louait une chrétienne de son assemblée, ce fut dans celui d’une de ses amies : Jacqueline. Un appartement qui me parut coquet (par rapport à celui que j’occupais à Chaumont). C’était une jeune femme sympathique, fille d’un Juif qui avait rencontré le Seigneur. Elle me sembla un peu exubérante mais gentille. « – J’ai quelque chose à faire, je vous laisse. »

Ça y est, deux solo face à face avec la distanciation sociale réglementaire…Tous deux assis dans des fauteuils  « crapaud » en rotin. Je n’étais pas trop à l’aise, m’exprimait de façon décousue… Simone pliée et coincée dans son fauteuil, sans doute aussi émue que moi, ne m’aidait pas, attendant mes propositions. Rien à voir avec la flamme des déclarations comme ça se passe à la télé (« D’amour me font mourir vos beaux yeux, etc. »). Je crois que c’est Eugène Labiche qui a écrit une pièce de théâtre nommée « Les deux timides ». Nous aurions sans doute eu des « molière » si nous l’avions joué ce jour-là…
Je ne retiens que ceci de ces douloureux moments : Simone était d’accord de venir visiter l’Église un week-end et de rechercher ensemble sincèrement la pensée du Seigneur.
Vint ensuite le repas… Aussi émue que moi, Simone avait salé deux fois les pâtes ce qui m’a fait penser « Eh bien, ça commence bien. Si c’est comme ça, je ne vais pas être tous les jours à la noce ». Quelle erreur ! Simone s’est révélée une excellente cuisinière. Ne nous fions pas aux premières impressions.

 

Il a voulu qu’ils cherchent le Seigneur et qu’ils s’efforcent de le trouver en tâtonnant, bien qu’Il ne soit pas loin de chacun de nous.
Actes 17 verset 27

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