DE SOLO A DUO (8)

Fidèle à sa promesse, Simone arriva au jour indiqué. C’était aux environs de quinze heures, le Samedi. Nous avions une réunion d’évangélisation à quinze heures trente, mais la gare n’était pas loin de la salle… Puis une petite rencontre informelle avec quelques jeunes et repas avec eux, style café au lait, tartines. A pied, je la conduis rue du Clos Adonis, chez notre chère sœur Fidèle qui était dans sa soixante-douzième année et que nous ne désirions pas déranger. Simone logerait au premier étage de cette maison entourée d’un jardin avec des arbres fruitiers, souvenirs déjà lointains où son mari vivait encore. Le matin, j’étais là suffisamment tôt pour conduire Sœur Fidèle et Simone, bras dessus-bras-dessous afin d’être les premiers pour que notre salle de culte soit ouverte et accueillante.

C’est l’heure du culte… Notre salle fait 50 m2 (comme je l’ai déjà dit, c’est l’ancien café des Tanneries). Quelle va être la réaction de Simone ? Va-t-elle nous supporter ? Son Église a plus de cent-vingt-ans d’existence. Elle est dirigée par trois pasteurs, dont l’un, le docteur Millon, ancien professeur au Séminaire de Bordeaux est co-auteur de l’impressionnant « Dictionnaire Biblique ». L’autre, F.Buhler est auteur du livre « l’Église locale » et d’une dizaine d’autres ouvrages érudits et le troisième, homme dynamique plus orienté vers les jeunes et évangélisation qu’ on surnomme affectueusement « Tonton ». Cette Église rassemble chaque dimanche des dizaines et des dizaines de chrétiens venant pour la plupart de la « classe moyenne ». Le directeur du CEG fait partie de cette Église…

Oui, que va penser Simone avec nos quinze, vingt habitués ?
L’une est serveuse dans le « routier » qui appartient à ses parents, une autre comme le mari artisan peintre qui ne connaît l’Église que quand sa femme va mal (elle a été opérée à cœur ouvert et de constitution fragile….) suite à des guérisons qu’il constata dans la vie de sa femme, il s’offrit de me peindre gracieusement la salle… Merci Seigneur, ce n’était pas du luxe ! Il y avait aussi une famille d’espagnols avec six enfants dont l’une nouvellement mariée. Le mari et le fils aîné étaient maçons. La « Mamma » suite à beaucoup d’épreuves (mort d’un gamin d’une tumeur cancéreuse, départ de l’aîné suite à une altercation avec son père dont ils n’eurent plus jamais de nouvelles (suicide?) Cette femme , dans la souffrance et le besoin : sa main, suite à un rhumatisme articulaire ne pouvait plus s’ouvrir et la rendait impotente pour vaquer aux soins requis par sa nombreuse famille. A la première réunion, après la prière, Dieu la visita et le cœur simple de cette femme resta fidèle au Seigneur, les dix années suivantes où j’exerçai mon très modeste ministère dans cette ville. Elle n’avait semble-t-il pas été à l’école en Espagne. Ses parents privilégiant le gardiennage des chèvres., avec leurs soins, le fromage, etc. Arrivée en France avec sa nombreuse nichée, elle n’avait pas appris le français académique. Son témoignage m’émouvait toujours par sa grande conviction reconnaissante et m’amusait par ses expressions « Mi mano complétamenté perdi ». Voulez-vous que je traduise ? « Ma main était complètement perdue ! ».

Puis elle levait cette main, la tortillait, la remuait, et disait « Maintenant guérie, c’est lo Seignor » ; Compris ? Pas besoin de traduire ? Oui, que va penser Simone et ce milieu populaire, rien à voir avec le milieu qu’elle a côtoyé jusqu’alors. «Voulez-vous encore une tasse de thé ? »

 

D’ailleurs tiens, il y a un couple de nouveaux. On m’apprend qu’ils sont déjà venus dans le passé mais ont quitté la salle bruyamment quand Frère Kennel a affirmé que Dieu délivrait du tabac ceux qui le désiraient… et les voici à nouveau, mais dans quel état d ‘esprit ? La réunion commence et tout d’un coup, l’homme commence à vociférer, hurlant des paroles incompréhensibles qui me glacent. Je pense bien sûr à Simone…. Je suis désemparé, que faire ? Je n’ai jamais connu une telle situation ; Que va penser Simone ? C’est foutu, moi qui commençais à envisager de l’aide…Un jeune ado alors le tance fermement « glorifie le Seigneur !» C’était la phrase magique, le calme revint, la réunion se poursuivit calmement, paisiblement, tranquillement… Un ado de quinze ans ! Qui l’eût cru ? Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes.

 

– André