Dans la rue…

En septembre 1986 je termine ma seizième année de pastorat et ma sixième année à Reims. Une ville qui me tient à cœur, où je me sens à l’aise, encouragé. Les conditions parfois difficiles n’ont pas empêché la bénédiction de Dieu sur le travail effectué.

Depuis quelques mois déjà, mon céleste « Patron » a orienté l’évangélisation dans une direction différente. Il m’a demandé d’aller dans la rue et de témoigner aux passants qui s’arrêtent. Timide de nature ; j’ai commencé ce « travail » nouveau pour moi avec Richard, un jeune de l’assemblée que le Seigneur a délivré de la drogue et qui m’a demandé le baptême quelques temps auparavant. J’ai indiqué au Seigneur que c’était un essai… Tout n’allait pas comme je le pensais.

Avant que quelqu’un ne lui parle de Jésus qui transforme les vies, Richard, sympathique et rêveur, composait des chants qu’il chantait dans les cafés pour gagner sa vie. J’ai retenu le titre d’une de ses interprétations, (dont il n’est pas l’auteur, je crois) : « Ta Cathy t’a quitté » (Dieu merci, ma fille aînée ne m’a jamais quitté !). Dieu l’a béni en lui donnant une épouse et du travail dans une entreprise de peinture où il a persévéré plusieurs années.
Richard cependant est individualiste et avance… Quand j’aurai besoin de son témoignage, il est à cinquante mètres de moi ! Alors le timide doit se débrouiller seul, accepter les inconnus, essuyer des refus, persévérer et ô surprise, après un quart d’heure de cette activité que je n’ai ni choisie ni désirée, je n’ai plus peur, plus honte. Mais je reçois en échange beaucoup d’Amour, d’intérêt pour les personnes. Et Dieu parle à mon cœur : « Je t’ai fait asseoir dans les Lieux Célestes (allusion à Ephésiens 2 verset 5) … Et là-haut, personne ni le découragement ne peuvent t’atteindre ». Quel réconfort !
Bientôt, un jeune homme s’arrête.
– C’est intéressant ce que tu me dis, allez viens, je te paie un café !
Et nous voici attablés, parlant du Seigneur, échangeant comme de vieux amis. C’est merveilleux ! J’ai compris, Seigneur, je veux persévérer dans cette voie. Et j’encouragerai les volontaires à m’accompagner.

A mon arrivée à Reims, ma fille aînée a six ans et s’est toujours plu à m’accompagner quand nous mettions des invitations dans les boîtes aux lettres dans les petits HLM.
– Je les mets en haut et tu les mets dans les boîtes aux lettres du bas.
Puis main dans la main, nous courions au HLM suivant… Quelle belle équipe !
Et après l’effort de la matinée, venait le réconfort : un arrêt obligé à la boulangerie-pâtisserie où mademoiselle, ébahie, choisissait souvent une « tête de nèg… » pardon, une « boule au chocolat ». C’était un délice de la regarder déguster la récompense de sa bonne volonté.
– On reviendra papa !

Eh bien voilà, l’occasion se présente des années plus tard :
– Veux-tu venir avec moi à la foire de Pâques, ce samedi, pour distribuer des invitations ?
– Non Papa, j’ai promis à Tante Marie d’aller chez elle pour regarder « La petite maison dans la prairie » avec sa petite fille Tu sais, c’est chrétien…

Tant pis, j’y vais de bon cœur, accompagné de trois ou quatre jeunes, pas trop aguerris dans les contacts… Regrettant quand même mon petit bout de fille du haut de ses douze ans, laissée dans les aventures américaines du XIXème siècle…

Cet après-midi-là, Dieu ne me laisse pas tranquille :
– Il faut que tu encourages ta fille à venir avec toi. Parle à son cœur !
-Oui, Seigneur, d’accord. Ce soir au coucher, après la petite histoire biblique et le moment de prière avec les enfants, je le ferai.

Voilà, ma petite histoire est racontée, la petite prière est faite et les gros bisous distribués. Et me voilà au lit, la conscience paisible d’un bébé prêt à un gros dodo, satisfait du travail accompli.
Bonne nuit, les petits, le marchand de sable va passer… Les paupières se ferment … mais la voix de Dieu me réveille :

– Je t’avais demandé de parler à ta fille, tu ne l’as pas fait !
– Waouh, c’est vrai, j’ai oublié… J’y vais de ce pas !

Pourvu qu’elle ne soit pas endormie ! Non, elle est bien réveillée, comme si elle m’attendait.
– Ma fille j’ai quelque chose à te dire !
Elle s’assied sur son lit avec son sourire malicieux et à ma grande surprise me dit :
– Ce n’est pas la peine, Papa, je sais ce que tu veux me dire, le Seigneur me l’a déjà dit. Il me demande de t’accompagner le samedi après-midi et dès samedi prochain, je le ferai. Bonne nuit, Papa !

Oh ! Elle fut bonne, cette nuit… Tellement heureux de savoir que même une enfant de douze ans pouvait entendre Dieu parler à son cœur. Dans Joël 2 verset 28, il est écrit « Je répandrai mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront ».

Ceci n’a rien d’extraordinaire, ce devrait être la norme, mais de nos jours il y a tellement de bruit (télé, musique, tablette, ordinateur, jeux électroniques, portables…) qu’il est difficile d’entendre la voix de Dieu qui aujourd’hui comme hier veut nous instruire pour notre bien, nous conduire pour le meilleur… Je ne possédais rien à l’époque, pas même une radio. Mais nous avions un tourne-disque pour apprendre de jolis chants chrétiens. Notre pauvreté, c’était notre RICHESSE.

 

– André

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