Dans la rue (2)

Celui qui marche en pleurant quand il porte la semence, revient avec allégresse quand il porte ses gerbes.
Psaume 126 verset 6

Le samedi suivant, fidèle à sa parole donnée, mon aînée est avec moi (la fidélité dans les petites choses, l’intégrité font partie des valeurs que j’ai eu très à cœur de partager avec mes enfants).
« Celui qui est fidèle dans les moindres choses, l’est aussi dans les grandes. ». Luc 16 verset 10
« Il ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l’intégrité. ». Psaume 84 verset 12
Quel dommage que le terme « intégriste » d’une connotation si négative, soit de la même famille ! D’autant qu’il n’a rien à voir avec l’intégrité biblique qui accepte les autres et les aime comme ils sont.

Le premier jour où ma fillette consentante est venue avec moi, il gèle à « pierre fendre ». Elle n’avait pas de bottes fourrées, seulement des chaussettes en laine et des bottes ordinaires. Je dois avouer qu’en rentrant je ne brillais pas car impossible de lui retirer les bottes, les pieds étaient gelés. J’avais heureusement entendu dire qu’il ne faut jamais dans ce cas mettre de l’eau chaude mais plutôt de l’eau tiède.

Mon cœur de père est torturé de l’entendre crier de douleur au moment de plonger les pieds dans la bassine d’eau tiède. Je me dis : « La pauvre… pour sa première sortie, c’est râpé, elle en gardera un si mauvais souvenir qu’elle ne voudra plus jamais venir. ». Ce qu’évidemment j’aurais compris… Les bottes dégèlent petit à petit et à ma surprise (et ma joie), entre de douloureuses larmes elle s’écrie :
– C’était super, je viendrai tous les samedis avec toi !

Je dois dire que trente-quatre ans plus tard, elle a tenu ses promesses, accompagnée à mon goût de très riches bénédictions confirmant le Psaume 84 verset 12 b cité plus haut.

Elle prit goût à témoigner, si bien que quelques années plus tard accompagnée d’une autre jeune fille, elles ont aperçu une dame âgée en larmes sur un banc public. Elles l’ont invitée à assister aux réunions et surprise… cette dame habitait à trois cent mètres de notre salle d’alors au 68 Boulevard Jamin. Elle s’appelait Rose et elle pleurait car suite à une attaque cérébrale, me semble-t-il, elle se voyait très diminuée, se déplaçant avec peine. Son unique fils habitait la campagne et envisageait de quitter la région pour se rendre dans le Sud trouver du soleil. Rose se sentait donc abandonnée par lui, au moment où elle aurait eu le plus besoin d’être entourée…

Poussée par la peine et la tristesse, nous avons prié ensemble à l’église avec foi pour elle et c’est avec joie que nous avons vu sa marche s’améliorer. Elle s’est jointe fidèlement aux réunions et a participé aux missions. Elle a aussi été de la partie à Charleville en 1991 où nous venions d’ouvrir une salle de réunions. Nous avions chaque jeudi un moment de jeûne et de prière auquel elle participait avec quelques jeunes puis nous partions à Charleville pour une petite rencontre là-bas… En route, Rose proposait toujours des pastilles de menthe forte « Riqulès. Les jeunes la taquinaient : – Rose, nous n’avons pas eu notre pastille de nitroglycérine !

Chaque dimanche elle nous attendait sur le bord de la route afin de se joindre à nous pour le Culte et nos gamins recevaient toujours, avec reconnaissance, un paquet de « michoko ». En pensé, je la revois encore chanter (à défaut de l’entendre) certains petits chœurs qu’elle affectionnait…

Elle avait très peu de contacts avec son fils unique. Déçue d’avoir à ses yeux été abandonnée par lui, je devais la gourmander lors de mes visites :

– Avez-vous écrit à votre famille ?
– Je ne sais pas quoi leur dire !
– Dites-leur que vous les aimez, que vous pensez à eux !

Pour me faire plaisir, elle écrivait des lettres laconiques sans grande chaleur… Et la réponse (tardive) se résumait aussi à quelques lignes, en style télégraphique : «: je vais bien, je dors bien… ». Combien de fois ai-je insisté pour que le dialogue reprenne… Nous n’avons qu’une mère, elle n’avait qu’un fils… Mais pour elle, l’abandon (réel !) de sa famille, était compensé par l’église. Elle disait à Cathy « Je suis ta mamie de Reims. ». Elle l’a en effet été jusqu’à la fin de sa vie quelques années plus tard, fidèle jusqu’au bout, un modèle au moins dans ce domaine.
« Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la Couronne de Vie… » (Apocalypse 2 verset 10).

Pour que son départ ne soit pas trop difficile à supporter pour nous, Dieu a permis que Loïc soit contacté en ville, se joigne à nous. Il était là, à l’enterrement de Rose au cimetière… Plus tard, il est devenu le mari de Cathy et partage sa vie depuis vingt-cinq ans.

Le fils, têtu, n’est pas venu à l’enterrement de sa mère. Mais la belle-fille, elle, désira avoir un entretien avec moi. Il fut cordial, franc. Son mari et elle pensaient que Rose était « tombée dans une secte qui ne cherchait qu’à la plumer ». Elle fut surprise en entrant dans l’appartement de sa belle-mère.
– Ah, c’est drôle, mais je le retrouve exactement comme je l’avais vu la dernière fois, il y a sept ans.
J’ai pu lui dire que chaque fois qu’ils avaient reçu une lettre, j’étais derrière. J’avais aussi insisté pour que Rose continue à alimenter son Assurance vie qu’elle voulait arrêter. En guise de reconnaissance, la belle-fille m’a offert tous les livres chrétiens, les Cantiques ainsi que tous les habits de Rose.
– Elle a été heureuse, je suis rassurée.

 

André