M’aimes-tu ?

« Le temps où Marie devait accoucher arriva, elle enfanta…Elle l’emmaillota et le coucha dans une crèche parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie » (Luc 2 verset 7). Ça commençait mal pour Jésus, le prince de la Paix (Esaïe 9 verset 5) dont la domination repose sur ses épaules.

Ça commença nettement mieux pour nous. Les contractions nous ont amené à la maternité mais Simone m’a alors dit « Je préfère que tu ne restes pas là, car je n’aime pas qu’on me voie souffrir ».
Un peu penaud, je suis rentré à la maison, mais je ne tenais pas en place. C’était le soir, je suis sorti, confiant au Seigneur mon épouse et l’enfant de notre amour dont nous ignorions si ce serait une fille ou un garçon. Peu nous importait d’ailleurs, cet enfant avait été tellement désiré… Je marchais à petits pas, tout en priant dans la rue René Curie, parallèle à la nôtre. A un moment, venant de la Salle du Royaume des Témoins de Jéhovah., me parviens un chant de style country, distillé par un tourne-disque qui je pense devait entraîner la communauté à chanter. Je ne me souviens pas si ces chants étaient repris en chœur mais je me souviens que dix ou vingt mètres plus loin, Dieu a parlé dans le calme de mon cœur : « -Tu sais, je t’offre un enfant, un beau cadeau, un trésor, mais que veux-tu en faire ? Il ne t’est confié que pour un temps, afin de lui communiquer des valeurs d’intégrité, d’honnêteté, de courage, de foi qui seront gravés en lui pour la vie ».

Je me souviens de ce moment solennel, me sentant responsable de cette confiance. Et j’ai dit à Dieu avec sincérité : – Mon Dieu, s’il te plaît, aide-moi à être un exemple pour cet enfant. Je te l’offre. Avant d’être à moi il est à toi !

J’avais téléphoné à Frère Kennel pour qu’il m’envoie un prédicateur pour le dimanche car mon esprit n’était pas disposé à l’étude, il était à la maternité. Dès son arrivée le lendemain par le train de neuf heures, j’ai bondi dans ma voiture… J’ai marqué un temps d’arrêt devant la porte de Simone où je l’avais « abandonné » la veille au soir. Un petit coup toqué discrètement, un « Entrez ! » joyeux, et je vois ce petit bout de chair attendu de longs mois avec amour. Ayant bénéficié de multiples prières journalières, parfois distillées d’inquiétude dans le cœur par la lecture de « J’élève mon enfant », attention à la rubéole, qui pouvait être contractée par Simone à l’école avec ses élèves, cause de malformations congénitales par l’embryon, attention aux chromosomes cassés, attention… C’est fou les mises en garde, certes signe de sagesse, mais aussi… d’Inquiétude pour des parents novices, loin de leurs parents, sans réel moyen de communication.

Le sourire épanoui de l’heureuse maman s’adresse à moi : « C’est une petite Catherine. ».
Elle était bien formée, entière, assez menus avec ses 3,20 kg (j’ai retenu à cause des vingt grammes !) en train de téter goulûment sa maman. Ah, ces Kestel ! Ma maman disait : « Ceux-là, il vaut mieux leur en donner que leur en promettre ! » …  Je laisse le lecteur apprécier si la tradition familiale s’est perpétrée…

Waouh ! Je n’osais pas toucher, porter ce beau bébé, de peur de le laisser tomber par accident, de le casser.

Je suis revenu bien sûr à midi et après la réunion de l’après-midi, sans me lasser de regarder ce petit trésor. Quelle immense grâce m’avait été confiée et quel miracle qu’une naissance ! C’est la « nature » qui a fait ça ? C’est le miracle de Dieu. Une vie qui va faire de nous des êtres responsables, certes, mais ô combien dépendants !
« Si quelqu’un manque de Sagesse, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée… » (Jacques 1 verset 15). Je suis très loin d’être un modèle dans l’éducation des enfants, le métier le plus difficile au monde, mais j’avoue avoir mis en pratique des centaines de fois ce simple verset et dans la marge de ma Bible je pourrais écrire L.A « Lu et approuvé. » ou « Lu et expérimenté ». Que c’est beau d’avoir accès au meilleur des pédagogues, au milieu des conseillers, 24/24 heures et gratuitement !

Le lendemain, l’émerveillement ne m’avait pas quitté. J’avais envie de crier « Merci Seigneur, je suis Père ! ». Un coup de fil à ma maman : oh, chic, enfin une fille ! (Elle avait eu deux fils et le premier-né de chez mon frère était… un garçon). Je remonte dans ma voiture et m’arrête au premier feu rouge… Et là Dieu me parle clairement : – Tu es heureux André, car Je t’ai offert un très précieux cadeau, mais continueras-tu à me servir si Je te reprenais ta fille ?
Aïe, soyons sérieux, soyons vrais, honnêtes. Un rapide calcul, et j’ai pu répondre :
– Je te sers indépendamment de tes cadeaux, de ta bénédiction, je t’aime.
Et le feu est passé au vert…

 

André