On peut dire : le Seigneur nous aide

Dans ma tête ignorante de célibataire endurci (marié à trente et un ans et demi, puis de marié sans enfant à près de trente-quatre ans), je pensais sincèrement que les bébés étaient des tubes digestifs qui ne m’intéresseraient que lorsqu’ils s’approcheraient de moi et m’appelleraient « Papa. ».

Quelle erreur. J’ai tout de suite aimé mon premier bébé qui me l’a tellement rendu. Lorsqu’elle avait six mois, je suis parti quelques jours en pastorale nationale avec de longs trajets. Rentré après quatre jours d’absence, elle m’a fait une fête inimaginable. Je la tenais sur mes genoux et elle sautait, sautait, sautait de joie au moins cinq minutes d’horloge à mon heureuse surprise.
Plus tard, dès qu’elle a commencé à marcher, sa maman et moi, accroupis à petite distance l’un de l’autre, regardions avec amusement notre « petit château branlant » déambuler de l’un à l’autre en augmentant raisonnablement la distance. Quel plaisir quand elle se jetait dans nos bras, récompensant par des baisers ses « performances métriques ». Chaque jour un peu plus loin… N’est-ce-pas ce que devrait être notre marche chrétienne ? L’apôtre Paul conseille à Timothée (1 Tim 4 verset 15 : » Que tes progrès soient évidents pour tous » et aux Thessaloniciens (1 Thes 4 verset 1) « Nous vous prions et vous conjurons au nom du Seigneur Jésus de marcher de progrès en progrès… ».

Dès qu’elle a pris de l’assurance, la coquine me quitta comme d’habitude pour aller vers sa maman, mais avant de l’atteindre, elle bifurqua sur la gauche avec un petit rire cristallin que je traduisis par « Arrêtez de me prendre pour un bébé, je suis grande maintenant ! », pendant que ses parents surpris poussaient un « oh ! » d’inquiétude, pensaient qu’elle allait s’écrouler. Que nenni ! Elle devint alors une « hometrotter » et elle inventa des mots.
Hé oui, grâce à Dieu, j’ai mis au monde une inventeuse. Par exemple, « adlon » veut dire descendre, une « ramane » est un soupirail. Comment, vous ne le saviez pas ? Je viens de vérifier dans mon Larousse qui corrige parfois mes fautes d’orthographe, mais mince, je n’ai pas trouvé ces mots. Je ne m’étonne plus, il date d ‘Août 1959. Amis si le vôtre est moins préhistorique, peut-être que l’Académie Française les a homologués.

Plus tard encore (quel âge avait-elle ? Difficile à dire) elle dort est à l’étage supérieur, (en bas, nous n’avions qu’une petite cuisine et notre salon, bibliothèque, salle à manger, chambre à coucher). Il est peut-être deux heures du matin. Notre petite hurle, la « maman poule » se lève pour consoler son poussin et redescend. Elle se plaint des oreilles, c’est une otite me dit-Simone. Je remonte lui mettre des gouttes. Ça y est, c’est fait, ouf, repos du sommeil du juste… Mais cinq minutes plus tard, re-hurlements, re- gouttes, re-dodo, et re-hurlements… Alors je dis à Simone : – Je monte et je vais dormir avec elle, son lit est assez grand, il y a de la place pour deux. Avec compassion et foi (mais peut-être aussi avec le désir de pouvoir dormir 😊, je la serre sur mon cœur et prie ardemment… Et c’est le jour qui nous a réveillé elle et moi en pleine forme, vers neuf heures trente du matin. L’épître « otite » n’est pas de l’apôtre Paul, mais elle est très possible.

Une autre fois, je visite un village dans l’Aube où habitent les Muller, une famille chrétienne fermière qui réunit dix-douze personnes pour un partage autour de la Parole de Dieu, des personnes du village, sans contact avec la Foi évangélique. Et chaque fois, l’une ou l’autre de ces personnes se procure un ou plusieurs livres chrétiens sélectionnés pour la qualité et la clarté de leur présentation de l’évangile.

En cette fin d’après-midi, je rentre un peu tard car après la collation et la réponse aux questions. Je rentre par les chemins sinueux de la route départementale qui passe par collines et forêts, un peu plus de trente km me semble-t-il. Tiens, il n’y a personne à la maison… Ce n’est pas possible, Simone ne sort jamais une fin d’après-midi avec un très jeune enfant…

Mon cœur s’angoisse un peu, y aurait-il un problème ? Cinq, dix minutes devant cette porte close car je n’ai pas les clés de la maison avec moi…

Enfin, Jacqueline, une sœur de l’Église arrive :
– Votre femme est à l’hôpital, Cathy a renversé sa tasse de thé bouillante sur elle, elle est brûlée au bras.
Vite, à l’hôpital : « Nous vous la gardons cette nuit ! ». Je reste avec elle aussi longtemps que possible, le cœur lourd, puis je rentre… Et le soir, je regarde tristement son lit vide. Combien elle nous manque ! N’est-ce pas dans ces moments-là que nous réalisons combien nos enfants nous sont chers ? L’amour vrai, l’amour qui souffre. Celui de Dieu en offrant son fils (Jean 3 verset 16).
Le lendemain, elle ne peut sortir que si le médecin l’autorise. Longue attente… enfin, il est là, il arrache le pansement. La courageuse petite fille fait une énorme grimace. Le médecin donne son verdict : « La plaie est belle, elle peut sortir, il faudra revenir faire des pansements. »
Alors de joie, on peut dire, le Seigneur nous aide.

– André