DE SOLO A DUO (9)

Qui a dit que l’amour est aveugle ? C’est souvent vrai, une personne est séduite par le look, l’apparence, la fausse galanterie (les mots doux sont si faciles à prononcer). Une jeune fille s’accroche à un homme divorcé, bien plus âgé qu’elle et d’une autre culture ; à la question « Que lui as-tu trouvé d’intéressant ? », elle a répondu « Il avait de belles chaussures !».
Je ne sais pas si c’est le « pied » de vivre avec une personne ayant de belles chaussures mais ce que je sais c’est que l’amour peut être sourd car Simone ne m’a pas parue choquée par l’intervention malvenue du visiteur que je n’ai d’ailleurs plus jamais revu.

Il y a des gens que Dieu envoie, alors qu’ils travaillent le Salut et deviennent des Témoins de son Amour et de sa Grâce. Il y a aussi assurément des personnes que l’adversaire envoie : Jean 10 v 10 « Le voleur ne vient que pour dérober, égorger, et détruire… ». Heureusement, il y a une suite à ce verset « Moi, dit Jésus, je suis venu afin que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance ».

Venue d’abord tous les quinze jours, très vite, Simone est venue chaque semaine. Avec, je l’ai dit, peu d’espaces et de moments d’intimité…Mais nous avons très vite fixé la date du mariage : le vendredi 7 juillet 1972 (la mairie ne mariant pas le samedi à l’époque) à Ribeauvillé (lieu de résidence des parents), avec sur montagne les ruines du château de Ribeaupierre dont les châtelains avaient adopté la Réforme au XVIème siècle et avaient la réputation d’être tolérants. C’est cette famille qui accueillit les Mennonites, persécutés en Suisse et leur ouvrit les portes afin de s’installer à Sainte-Marie-Aux-Mines qui faisait partie de son duché. Ces Mennonites s’exilèrent ensuite aux États-Unis et se joignirent aux Amish, paysans chrétiens formant des communautés fermières parce que repliées sur elles, peu ouvertes au modernisme, souvent représentées par des files de Tilbury avec un cheval qui se rend queue leu leu au Culte (pour le côté folklorique). Le mariage chrétien fut fixé au dimanche 8 juillet 1972 à l’assemblée de Simone à Mulhouse.

Ce fut le moment de venir à Ribeauvillé faire connaissance avec les parents de Simone et leur demander la main de leur fille (j’avais déjà le cœur, il manquait la main et patience, j’aurais bientôt le tout !).

Le papa de Simone était chef de gare à Colmar, il avait 180 hommes sous ses ordres. Comment allait-il accueillir ce futur gendre qui n’avait même pas de quoi nourrir sa fille ??

L’endroit sur l’arrière du pavillon était magnifique. Une vue surprenante sur le vignoble alsacien et le petit village de Hunawihr, qui a la caractéristique d’avoir une église (il en existe quelques-unes en Alsace) qui accueille tour à tour les cultes catholiques et protestants.

Le décor fut joyeux, idyllique, mais l’accueil glacial. Papa Rodolphe m’attendait en haut du perron tandis que je montais les marches, craintif. Arrivé à sa hauteur, il me dit :
– Monsieur, vous avez vos idées, j’ai les miennes. Je ne chercherai pas à vous influencer, et vous demanderai de faire de même. Bonjour, vous pouvez entrer ! »
Pas commode, le chef de gare qui avait beaucoup déménagé au cours de sa carrière : Baroncourt, Sedan, St Dizier…

J’ai retenu de ce premier contact délicat que leur cadeau de mariage serait de payer le repas du mariage au restaurant vendredi soir à Ribeau et celui du samedi midi à Mulhouse…

Nos relations par la suite ont été excellentes. Je garde un lumineux souvenir de nos balades à pieds la journée dans les Vosges pour cet ancien habitué du club vosgien, et nos échanges hebdomadaires par courrier.

Dieu a le moyen de toucher les durs. C’est avec surprise et joie que je répondis à sa demande d’annoncer l’Évangile lors de son baptême, moins de trois ans après notre première rencontre.
Mais les soucis occasionnés par les restrictions de personnel (au détriment de la sécurité) ont mis à rude épreuve sa conscience professionnelle et ont eu raison de sa santé, lui causant une attaque cérébrale…

Y a-t-il quelque chose d’étonnant de la part de l’Éternel ?
Genèse 18 v 14

 

– André