DE SOLO A DUO (12)

Comme nous avons été gâtés ! Par le beau temps, certes, par la présence bénie du Seigneur, oui, et par l’amitié de tous ces gens qui ne me connaissaient pas et qui nous ont comblé de toutes sortes de cadeaux, des dizaines que Frère et Sœur Kennel se sont donnés la peine d’embarquer et de déposer dans notre « sweet home » lorsqu’il me remplacerait pour une réunion. Notre « salle à manger, salon, bureau, chambre à coucher », car en plus de la cuisine nous n’avions qu’une pièce, mais lumineuse et de belle dimension. Le bonheur ne dépend pas de la surface de l’appartement, car selon la formule, « avec de l’argent on peut acheter une maison mais pas un foyer ».

Peu auparavant, à la vue de mon appartement « spartiate » quelqu’un m’avait dit : « Vous savez, j’ai une grande et belle maison, mais ma femme m’a quitté pour aller avec un autre. Alors, à quoi me sert une belle maison ? ».

Le soir de notre mariage, je constatai une communion de pensée entre Simone et moi : nous avions le désir d’avoir des enfants, et curieusement, si Dieu nous accordait une fille, nous avions ensemble trouvé le prénom qui nous plairait de lui donner : Myriam.

Mais deux ans et trois mois plus tard, nous avons reçu la visite de Cathy, une jeune fille charmante que j’avais connue préadolescente dans une colo, des années auparavant. Elle venait nous visiter pour m’apprendre qu’elle avait donné sa vie à Christ et allait partir au Tchad pour enseigner des enfants de missionnaires. Elle nous avait accompagnés pour aller visiter une grand-mère en EHPAD, et sa visite nous avait tellement charmés que c’est ce prénom que nous avions choisi à cette enfant première née, Catherine signifiant Pure. Pour notre deuxième fille, nous sommes revenus à notre premier amour et ce fut Myriam.

Les jours suivants ont été magnifiques : le directeur du CEG où travaillait Simone nous a gracieusement prêté son grand chalet en bois, qu’entourait un vaste terrain en friches à l’écart, à Willer-sur-Thur ; pas très loin de Thann, jolie région agréable des Vosges du Sud.

Un soir, ce frère et son épouse sont venus nous faire découvrir la raclette qu’ils avaient connue récemment en Suisse, en faisant chauffer des pierres pour faire fondre le fromage à répandre sur des pommes de terre cuites dans la braise : merci, Frère Directeur.

Ils nous ont raconté avoir surpris dans leur chalet des gens qui, après avoir forcé l’entrée, s’étaient installés en propriétaires. Ils les avaient chassés, bien sûr : « Personne n’a cherché à entrer ? ».
Le lendemain matin, très tôt, à ma surprise, et avec une certaine crainte, j’entends marcher sur le toit du chalet. Que faire ? Sortir, les invectiver ? Et s’ils sont plusieurs ? Il me semble que Simone dormait profondément…Heureusement. Je ne pouvais que remettre cette situation au Seigneur qui m’apaisa en m’expliquant que ce n’étaient que des écureuils qui jouaient à la sarabande.
Je ne suis pas sorti. Le bruit a cessé et je me suis rendormi rasséréné. J’ai pensé alors à ceux qui alimentent leur peur en regardant des films d’horreur. Ce doit être impressionnant d’être attentif au moindre bruit et s’imaginer que quelqu’un a pu pénétrer chez soi…. Je comprends Philippiens 4 v 8 : « Que tout ce qui est Vrai, Honorable, Juste, Aimable, ce qui mérite l’approbation, ce qui est Vertueux, Digne de Louanges soit l’objet de vos pensées ».

Après réflexion, Simone avait demandé à être mutée en Haute Marne. A Chaumont, un défilé d’enseignants que nous avions croisé nous on appris la fermeture de 80 postes d’enseignants… Y aurait-il de la place pour elle ? Et si oui, où serait-elle nommée ? Et si le poste qui lui serait attribué nécessitait une voiture ? Comment faire ? Simone avait passé plusieurs fois le permis sans succès et nous n’avions pas de voiture. J’ai décidé de dormir paisiblement. Dieu connaissait toutes choses. Il avait merveilleusement pourvu jusqu’ici. D’ailleurs le samedi où nous sommes rentrés « chez nous », Simone passait une dernière fois le permis en Alsace…

Trop d’inconnues, jouissons avec reconnaissance du sympathique logement et du remarquable paysage.

A chaque jour suffit sa peine.
Matthieu 6 v 34
 

André