Dieu parle en prison

Quelle bonne idée maman, tu as eue ! Afin que son fils aîné ne soit pas trop dépaysé de se retrouver dans une ville nouvelle, de s’occuper tout seul de lui. Fini la bonne soupe de maman ! Au boulot, mon gars, si tu veux vivre en bonne santé, il faut que tu te débrouilles pour la popote, le ménage, les courses… car je ne possède RIEN en dehors d’un lit, d’une armoire en fer (achetée d’occase à un lycée), d’un living offert par un couple qui lassé du sien, en a acheté un plus moderne, sur lequel j’entasse des dizaines de livres chrétiens qui sont toute ma richesse. Quelqu’un a dit : « Mes bouquins, c’est moi ! ». Ma cuisine comportait le strict minimum.

Alors, chaque jour, le facteur me livre l’Est républicain et ses nouvelles locales, nationales, et internationales. Les nouvelles de ma ville natale où j’ai vécu vingt-neuf ans, (excepté les vingt-deux mois de service militaire !) sont donc très bienvenues dans cette vie de néo solo.

Je le reçois depuis deux ou trois jours, lorsque je lis en gros dans la rubrique des faits divers que quatre jeunes de Nancy ont embarqué en voiture, une fille qui les connaissait et que, plus ou moins sous l’emprise de l’alcool, ils l’ont conduite à l’écart dans une forêt, l’ont violée et brûlée avec des mégots de cigarettes. Le nom des agresseurs, dénoncés bien sûr par la fille, est indiqué dans l’article. Parmi eux, Jean-Pierre Bar. Tiens, je connaissais, Jean-Pierre Bar que j’ai eu dans mon groupe alors que j’étais moniteur de colo de vacances, il y a plus d’une dizaine d’années.

Je garde un bon souvenir de celui qui était à l’époque un préado, un peu complexé, me semblait-il, par sa couleur de peau. Il est fruit d’une rencontre furtive entre une femme et un militaire afro-américain lorsque les troupes américaines occupaient des bases aériennes, entre autres celle de Ochey entre Toul et Nancy. Comment savoir si Jean-Pierre Bar est bien ce préado très attachant que j’ai connu une décade auparavant ? Heureusement, Bernard C. qui était dans la même équipe à l’époque a gardé contact avec moi et j’ai son adresse. Je lui adresse un courrier et sa réponse rapide m’apprend hélas que c’est bien le même. Il me communique même l’adresse de la prison où je peux le joindre, ce que bien sûr je ne tarde pas à faire, lui demandant s’il désire me rencontrer et à qui je dois m’adresser pour le faire.

Sa réponse positive est rapide ainsi que les noms et adresse du juge d’instruction et les conditions demandées pour que je puisse le visiter.

J’ai accompli sans tarder les démarches, et j’obtins une réponse positive rapidement, et muni des autorisations nécessaires, me voilà devant la vieille prison (Charles III je crois) de Nancy. J’apprécie la cordialité avec laquelle je suis accueilli. On met à ma disposition une salle de classe et bien vite, Jean-Pierre s’approche, penaud. Qu’il a changé ce petit gamin que j’ai connu dix ans auparavant ! Je lui ouvre les bras et pour le mettre à l’aise lui dis : – Je ne suis pas meilleur que toi, je ne suis pas venu en juge ou en avocat, mais en AMI.

Nous nous asseyons amicalement sur une table, je le tiens affectueusement par l’épaule et partage avec lui pendant près de deux heures, les promesses et les exigences de l’Évangile, lui présentant le Christ qui n’est pas venu pour les justes mais pour les pécheurs ( Matthieu 9 v 13) et qui a dit « Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à Moi » (Jean 6 v 37).
Pas un mot ne sort de sa bouche durant ces deux heures. A la fin, en me quittant il me dit « J’accepte que tu me fasses parvenir une bible. » Ce que je ne manque pas de faire à la première occasion. Plus tard, j’apprends qu’avec d’autres, il s’est révolté, a grimpé sur les toits, et s’est retrouvé à l’isolement, au « mitard ».

Alors qu’il était seul pour sa promenade dans une minuscule cour surveillée d’en-haut par un gardien, il m’a rapporté que dans sa rancœur, il entendit audible ment une voix lui disant : « PARDONNE » ;
Etonné, il pensa que cette voix provenait du gardien, mais non… Alors qui ? Peut-être de Dieu ?
Il pria : « Si c’est Toi qui me parles, permets que je t’entende encore.
De façon audible, la voix répéta « Pardonne ».
Plus tard, il reçut une permission de quelques jours et me raconta combien il était étonné de voir les gens du dehors pressés et ne manifestant que si peu de joie et de plaisir.

 

C’est une grande source de gain que la piété avec le contentement
1 Timothée 6 v 6

 

André