Témoin presque dans sa blanche vieillesse

J’ai vécu déjà près de 29000 jours ! Ça paraît beaucoup pour un nouveau-né mais c’est si peu comparé à l’éternité. La Bible dit (Psaumes 90 v 10) : « Les jours de nos années s’élèvent à soixante-dix ans et pour les plus robustes à quatre-vingt ans. ».

Et pourtant, c’est la « vie montante » où je n’ai jamais été aussi près de l’Éternité où chaque jour est un jour de grâce. Quel privilège de pouvoir dire chaque matin : « Ma vie t’appartient Seigneur, utilise-moi comme Tu le veux ». Ce serait si facile de vouloir jouir d’un repos bien mérité. Pour moi, le repos c’est être là où Dieu me veut, et agir avec Sa force comme Il le veut. C’est rester dans la paix quoi qu’il arrive en comptant sur les promesses de Dieu, lui faire confiance, croire que le meilleur est pour ceux qui lui appartiennent. Comme l’apôtre Paul nous le dit : « être avec Christ est de beaucoup le meilleur » (Philippiens 1 v 23).

Je repense parfois à ma maman, cette femme admirable qui a su faire beaucoup, avec le petit salaire de Jean, mon père. Pas de SMIC à l’époque…

Le jour où sa belle-mère Marie (ma grand-mère paternelle) lui a lancé :
– Va falloir que vous me payiez une pension maintenant !
Pas de panique, elle a dit simplement répondu :
– Eh bien, nous nous serrerons un peu plus la ceinture !!
Pas de colère… Heureusement car ce ne fut pas le cas !

Jusqu’à ses 90 ans c’était la fête de visiter notre « mémère ». Ma dernière visite chez elle en 2007, c’était avec Mimi notre fille, Xavier son mari et Nathan leur fils qui avait quatorze mois. Le « petit château branlant » commençait à marcher.

Mimi avait prévenu son mari :
– Tu verras comme on va être bien reçu !
Mais à notre surprise, Mémère nous dit :
– Je n’ai pas de goût à cuisiner… Ce soir c’est une boîte de ravioli ».
Treize ans plus tard, Xavier en parle encore avec humour !

Le lendemain, ce fut une longue et pour Mémère, une dernière journée dans les Vosges. Après St-Dié, arrêt obligatoire à Gerbépal pour un excellent pique-nique, puis arrêt obligatoire au Honeck et sa montagne bleue ; ensuite retour par la route entre la Schlucht et le col du Bonhomme où nous savions trouver des produits artisanaux de bouche, en particulier la fameuse tourte qui ferait avec les restes du midi notre repas du soir.
Vers 18 heures Mémère voulait rentrer afin de suivre son feuilleton préféré. Mais la jeunesse, moi inclus, la dissuada : « Profite un peu du bon air des Vosges ». Elle se laissa persuader et le repas du soir fut on ne peut plus sympathique dans un décor champêtre paisible et vert. J’ai en souvenir les petits pas hésitants de Nathan dans les hautes herbes. Et mémère qui plusieurs fois pour notre plus grand plaisir nous dit : – Mais j’en mangerais bien encore, j’ai faim, moi !
Et tant pis pour le feuilleton !

Sachons profiter du temps présent, personne sur terre ne sait que sera demain. Quelques jours plus tard dans sa visite de routine, la doctoresse venue la consulter essaya de m’informer (mais mon épouse et moi étions absents ce jour-là) que mémère était dans un état de démence. Elle téléphona alors à Claude, mon frère, qui vint avec son épouse la chercher et l’emmener chez eux. Lunéville avait définitivement perdu une de ses habitantes.

De ce séjour dans l’Yonne, d’abord chez mon frère et ma belle-sœur où elle fut choyée, puis dans un EHPAD où sa famille l’accompagna journellement, je retiendrai deux choses qui m’amusèrent et réjouirent mon cœur.

La première eut lieu alors que nous étions à table à l’EHPAD. On donna à maman une boisson gélatineuse orangée afin qu’elle ne s’étouffe pas. Mais au moment de boire, quelle surprise de la voir saisir non pas sa belle « boisson » colorée mais mon verre d’eau, pourtant bien éloigné d’elle. J’ai pensé en souriant : « ça fonctionne encore un peu là-haut ! ».

La deuxième me fit un réel plaisir. Alors que mémère était avec nous, une résidente en fauteuil roulant est venue nous trouver et a embrassé notre maman. Elle nous dit alors : – Vous savez, elle est si paisible qu’elle me procure du calme en moi !
J’ai pensé alors à ce beau verset : « Ils portent encore des fruits dans leur vieillesse » (Psaume 92 v 15)
Oui, Dieu soutient et bénit ceux qui lui sont restés attachés.

 

André