Adieu, maman !

Le brusque départ de son petit logement fut un bouleversement pour chacun de nous. Finies pour nous les virées mensuelles à Lunéville, les visites avec elle dans les Vosges. C’était triste de la voir diminuée, elle si altruiste, visitant des connaissances dans les EHPAD, leur apportant une part de tarte maison ou de gâteau confectionné toujours avec amour. Préparant avec cœur chaque semaine des repas équilibrés, pour ceux qu’elle appelait « les clochards », c’est-à-dire des gens sans le minimum de ressources ou de chaleur, organisé par la paroisse et dont la plupart des produits étaient fournis par la Banque Alimentaire.

C’était pénible de la voir diminuée, et petit à petit, même de ne plus nous reconnaître. Même si ma belle-sœur lui répétait plusieurs fois la veille « Demain, vous avez la visite d’André ».
Les « assistants » ont du mérite. Maman fut bien entourée par mon frère et ma belle-sœur, et ceci jusqu’à la fin de sa vie. Je pensais souvent à elle : « Tu t’es bien occupée des autres. Et maintenant que tu ne peux plus le faire, c’est toi qui es bien entourée. Ta vie, chère maman, dans bien des domaines est un exemple pour moi, ne pas consacrer sa vie uniquement tournée vers soi, sur soi. Ne pas s’intéresser aux autres avec le secret désir d’en tirer un quelconque intérêt ou profit. »
La Bible dit vrai : « L’arroseur sera lui-même arrosé » (Proverbes 11 v 25) et « Puisqu’ils ont semé du vent, ils récolteront la tempête » (Osée 8 v 7).

Tu as semé beaucoup d’amour dans ta vie, et j’en ai été l’un des nombreux bénéficiaires. J’ai le devoir de semer aussi pendant le temps qu’il me reste à vivre, suivre l’exemple que tu m’as donné car « mon cœur met en Dieu sa Joie car j’ai confiance en ton Saint Nom ». Seigneur, utilise-moi pour ta Gloire.

Il y a deux jours, vers 20h50, je reçois un appel : – André, puis-je te voir ? .
Mon corps est un peu fatigué et aimerait se diriger vers le sommeil. Que ferais-tu à ma place Seigneur ? J’ai tout de suite la réponse : « – Avec joie, je t’attends ».
Et là, pendant près de trois heures je dois écouter des choses très sales. Et crier à Dieu pour recevoir Sa Patience, Son Amour, Son Support, tout en sachant que je ne suis pas meilleur que cette personne qui me fait confiance ; qu’il me faut recevoir du Seigneur des solutions pragmatiques. Et c’est la libération par la prière et une litanie de « Merci André, merci André » à laquelle je dois répondre « Merci Seigneur, merci Seigneur ».
Pendant que j’écris ce texte, c’est un appel téléphonique : – André que ferais-tu à ma place dans telle situation ?
Avec l’intérêt que me communique le Seigneur, j’écoute presque une heure le problème, priant pour avoir la réponse priant pour avoir la réponse du Seigneur, et entendre pour finir, « Merci André, Merci André » où je dois ajouter « Pas moi, mais Merci Seigneur, Merci Seigneur ».

Un jour enfin, je reçois un appel de mon frère Claude.
– Maman est à l’hôpital, c’est la fin, elle est dans le coma, il n’y a plus rien à faire. L’hôpital la renvoie à l’EHPAD et m’a demandé de préparer ses vêtements pour l’enterrement. Si tu veux la voir encore vivante, viens vite.
Nous sommes en pleine mission de Février, il y a cent personnes à héberger, nourrir, et occuper…Plusieurs de mes collègues se chargeront de l’équipe, je peux partir faire un à « Dieu » à ma maman, conduit par mon fils ; Ça y est, nous sommes dans sa chambre où elle repose paisiblement. Il y a mon frère, ma belle-sœur, mon fils et moi…Que faire ? Ma belle-sœur me dit :
– André, nous allons sortir et te lasser prier avec mémère.
Ce n’est pas mon idée : – Non, au contraire, nous allons chanter !

Je leur propose des cantiques connus de maman et de nous tous dont je me souviens.
Et là, miracle ! Alors qu’elle était dans le coma depuis plusieurs jours, Maman ouvre les yeux. Ma belle-sœur se précipite chercher un yaourt qu’elle avale avec appétit, puis une compote car la mourante a faim. Ah ! Quand l’appétit va tout va, dit-on !

Gloire à Dieu, notre chère maman a vécu encore une année, mon frère me le rappelait encore il y a quelques jours. Elle est restée très paisible jusqu’au bout. Si elle se levait, c’était pour caresser votre joue, manifestant ainsi à sa manière son affection et sa reconnaissance. Elle est partie rejoindre le Seigneur dans sa quatre-vingt-seizième année, et j’ai pu témoigner lors de son enterrement devant une bonne partie présente de la famille. Ce n’est qu’un « au-revoir », chère maman, à bientôt avec Jésus.

 

André