Amener son père au Seigneur (4)

Pour ne pas lasser le lecteur, je vais laisser aujourd’hui la pêche aux âmes pour parler de la pêche aux poissons, mais d’abord du jardin.

Les deux grandes passions de papa étaient le jardin et la pêche. Son jardin, acheté “sous par sous” dans le lieu appelé “Les Mossus” où il se plaisait à planter (parfois des originalités) : framboises blanches, fraises blanches, à creuser (nous creusâmes nous même le puits car papa avait appris que la nappe phréatique n’était pas très profonde), à bâtir une cabane au fond du jardin, achetée au voisin de notre appartement (un fin ouvrier), démontée et rebâtie sur son terrain du “Mossus’’, à récolter les fruits (car il avait planté de nombreux arbres fruitiers : pommiers, poiriers, cerisiers, mirabelliers, quetchiers et un fameux noyer dont il avait récupéré un rejet poussé dans la haie du jardin de mon grand-père, Eugène, décédé pendant la guerre). Ce noyer fut l’objet d’une longue, longue attente… En effet, mon grand-père avait un énorme noyer au fond de son grand jardin qui produisait de petite noix à la coque solide. Son voisin avait un noyer aux noix trois fois plus grosses dont la coque, plus tendre, ne permettait pas une aussi bonne conservation mais dont la grosseur du fruit et la plus grande facilité à casser la coque, en étaient forts appréciées.

A plusieurs reprises, en labourant la partie cultivée, nous avons trouvé à notre plus grande joie des trous creusés par les loirs, afin de contenir leurs réserves pour l’hiver, avec des dizaines de noix : les grosses, les tendres si convoitées. Pardon à vous les loirs, mais votre réserve pour l’hiver devint notre réserve car vous n’aviez pas le droit de creuser dans “notre” propriété sans notre permission…

A l’autre extrémité du jardin-verger de mon grand-père, comme je l’ai dit, papa trouva un rejet bien vivace d’un noyer dans la haie. Il le récupéra et le planta dans son jardin. Une question obséda papa durant des années : ce rejet provenait-il du noyer à petit fruit, planté au fond du verger ou était-ce celui des noix énormes du voisin ? Il fut planté et chouchouté avec amour par papa, rempli d’espérance. Il fallut patienter… Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ans peut-être, avant qu’enfin n’apparaissent les premières fleurs. Ah mince, cette année, les fortes gelées “coulèrent” la fleur qui ne produisit aucun fruit ! Tant pis, attendons patiemment une année encore… Ah ! Cette fois-ci, les fleurs tiennent, il n’y en aura pas beaucoup mais on saura enfin de quel noyer provient cet arbre : petites ou énormes noix ? Il y en eu deux ou trois, je crois et c’était… des petites du fond du verger, tant pis !!!

Face à cette longue attente, j’ai appris une chose : la patience. La Bible en parle de très nombreuses fois. Quelle école à l’époque du “Tout : tout de suite” et du “c’est l’époque qui veut Quick !”

Jacques 1v3 : « l’épreuve de votre foi produit la patience ». Ici, l’épreuve à un but mais aussi Romain12v12 : « Soyez patients dans l’affection. ». Les tunnels les plus longs, comme celui de Ste Marie aux mines, un des plus longs d’Europe, ont une fin, après cette sombre et longue traversée… nous retrouvons enfin, avec joie, la lumière et ce qui est derrière, n’est plus qu’un souvenir…

1 Cor 13v4 : « La charité (ou l’amour) est patiente »

Hé oui, l’attente du père du fils prodigue fut longue, douloureuse, assortie d’angoisses : « Que fait mon gamin ce soir ? Oh Seigneur garde-le, parle à son cœur. » Aimer, c’est souvent souffrir. Cette longue attente me fait penser à celle de mon Père céleste qui a patienté de si longues années, qui m’a donné tant de preuves de son amour, de sa Présence jusqu’à ce qu’enfin je cède et lui confie ma vie et mon avenir.

2Pierre 3v9 : « Il (le seigneur) use de patience envers vous ». Il veut que chacun de nous LE trouve car c’est lui qui nous a aimé et cherché le premier. Mais au ciel, il n’y aura que des volontaires, que ceux qui volontairement auront choisi le seul moyen offert à notre nature pêcheresse héritée de la chute de nos premiers parents, à savoir LE SAUVEUR « livré pour nos offenses, et ressuscité par notre justification » (Romains 4v25).

« Il n’y a de salut en aucun autre » (Actes 4v12).

Cher Sauveur, merci d’avoir patienté si longtemps jusqu’à ce qu’enfin je me donne à toi : « le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14v6).

Tiens, je n’ai parlé que de la passion du jardinage ! Patience, place maintenant à la pêche aux poissons.