Amener son père au Seigneur (6)

La bonhommie de papa en société, son humour, lui occasionnaient souvent d’être invité aux repas confectionnés par maman : « Venez nous faire rire ! » Il ne s’en privait pas, usant du ton de sa voix, s’exprimant posément pour que tout le monde comprenne le comique de l’histoire.

Il me vient en mémoire quelques brides d’une soi-disant lettre d’une maman à son fils, exécutant son service militaire. « Ton père te fait parvenir dans cette lettre dix francs sans que je le sache. Quant à moi, je vais t’envoyer des chemises neuves faites avec des vieilles de ton père, et aussi ton frère a avalé une pièce de 100 sous. Le médecin, alerté, a réussi à récupérer quatre francs cinquante vu que le reste était dissous. » Vous ne riez pas ? D’accord, vous n’avez pas compris, vous n’êtes pas de l’époque, je vous explique : 100 sous avaient comme valeur cinq francs, le médecin a récupéré quatre francs cinquante car le reste était 10 sous, soit 0 franc cinquante. C’est un jeu de mots… Compris maintenant ? Les noceurs riaient aux éclats excités peut-être aussi par l’alcool de toutes sortes dont on ne se privait pas et papa était heureux d’avoir fait rire. Il n’en fallait pas beaucoup à l’époque difficile où les fous étaient heureux d’avoir échappés aux horreurs de la guerre et savaient rire d’un rien, sainement dans l’ensemble.

Un jour, mon pêcheur de papa : « Tiens, il me vient encore à l’esprit une petite blague de notre instituteur de la classe du certificat d’études. Il nous a raconté l’importance de la ponctuation et nous a donné un exemple : Si vous oubliez le point après pêcheur et indiquiez le changement de ligne, cela donnerait : “Et Dieu punit tous les pêcheurs”…“à la ligne” »

Pauvre et paisible pêcheur qui ne faisait de mal qu’aux mouches (et leurs asticots !) et aux poissons (et encore ? Pas trop souvent !!)

Donc nous voilà, papa et moi, à la pêche dans la Vezouze, petite rivière paisible qui se jette dans la Meurthe, dans ma ville natale : Lunéville, laquelle se jette à Toul dans la Moselle d’où le nom du département Meurthe et Moselle (il s’appelait “la Meurthe” au début du XIXème siècle).
D’ailleurs, selon mes souvenirs, c’est à la pêche que j’ai trouvé le plus de mots de patois Lorrain. Le “baquot” vous connaissez ? C’est le bouchon qui lorsqu’il s’enfonce, indique en principe que vous avez une touche, c’est-à-dire qu’un poisson mort votre appât. Et la “tambatte” ? C’est la boite en métal où l’on conserve avec de l’eau les “vifs” petits poissons vivant accrochés à l’hameçon (aïe, pauvres bêtes !) qui serviront d’appât dans l’espoir d’attraper perche ou brochet… Et la “Trayatte” vous connaissez, non ? Un jour, un copain d’usine de papa, en face de nous dans la rivière, est aux prises avec un poisson de belle taille. Il appelle au secours son fils, un de mes copains d’école qui s’appelait Claude, je crois me rappeler : « Coco, la Trayatte ». Ce nom lui est resté quand nous parlions de lui ! C’est l’épuisette, petit filet de pêche monté sur un cerceau et fixé à l’extrémité d’un long manche. Vos connaissances enrichies en patois lorrain, vous nous suivez en 1945/46 peut-être, au bord de la Vezouze, petit coin tranquille repéré par papa. D’abord, ne pas faire de bruit pour ne pas effrayer et faire fuir le poisson, puis jeter à l’eau de l’amorce, des graines de blé cuits, ou des graines de chènevis (du chanvre !) ou de la terre avec des bouts de verre de terre. Mais n’allez surtout pas demander à papa à quoi il pêche (ver, asticot, blé, graines…). C’est un secret ! Il vous répondra : « Je pêche aux poissons ».

Ça y est, les gaules sont montées, mises à l’eau et au bout de quelques minutes waouh ! Premières touches et premier poisson… déception : c’est un petit poisson carnassier : une grémille (est-ce un nom lorrain ?). Un croisement me dit papa le grand spécialiste, entre la pêche et le goujon…  « c’est mauvais signe, on ne va rien prendre ! »

Le mot appât est intéressant. Le Larousse me parle de “l’appât du gain”. La bible nous parle de ruse. 2 Cor 11v3 : « le serpent (Satan) séduisit Eve par sa ruse » et nous offre le moyen d’y résister. »

Eph 6v11 : « Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable ». Ces ruses : attrait de l’argent, l’orgueil, la sensualité (attention aux paroles galantes ou aux formes séduisantes, l’essentiel n’est pas là, mais dans le cœur). Et Dieu a mis des armes indispensables face à notre faiblesse : la Foi, le salut, la prière, l’honnêteté (justice), la Parole de Dieu. La communion avec lui, le désir de rechercher sa volonté, sa pensée sachant qu’il désire le meilleur pour nous. Avec ses armes, nous sommes assurés de la Victoire.