Amener son père au Seigneur (8)

Quand donc l’ai-je rencontré ? Serait-ce à une rencontre de pasteurs ? Impossible de m’en rappeler et pourtant cet homme, Samuel HATZAKORTZIAN, un pasteur d’origine arménienne, marié à Dorothée, une Suissesse, m’avait impressionné par la clarté de ses explications bibliques. Je m’étais abonné à sa revue « Compassion » et acheté quelques cassettes appréciées.
Or, alors que je prenais pour une des rares fois le train pour me rendre à une rencontre pastorale, surprise à Joinville me semble-t-il, le voilà qui entre dans … mon wagon et nous faisons un bout de voyage ensemble, nous étant reconnus.
– Accepteriez-vous de venir faire une mission de quelques jours à Chaumont, sachant qu’il aurait un maigre auditoire et un long trajet à faire ?
Il me surprit agréablement en acceptant et cela m’encouragea beaucoup, car cet homme de Dieu qui organisait de grandes conventions en Afrique et aux Antilles, avec des centaines de participants acceptait l’invitation d’un pasteur inconnu (des hommes !!!) sachant que cela ne lui rapporterait que le remboursement de ses frais de voyage. C’était vraiment un travail pour la gloire de Dieu, sans bénéfice matériel ou financier personnel !!!
Une date fut fixée selon ses disponibilités et c’était déjà l’heure de se séparer momentanément…
Je préparais cette mission : achat d’affiches-invitations, quand j’eus un matin la conviction que maintenant était arrivé le moment où je pouvais avec papa, l’inviter à aller plus loin avec Christ.
Le temps d’examiner si cette pensée venait bien de Christ, je dis alors à Simone :
– Je vais écrire à mes parents et les inviter à se joindre à nous à la mission avec Samuel HATZAKORTZIAN.
– Mais il ne voudra jamais venir, me répondit Simone.
Convaincu que cette pensée venait du Seigneur, je lui dis : « il viendra. »
Et sans tarder, j’écrivis une lettre et j’expliquai ce que nous organisions, invitant mes parents à se joindre à nous…

Peu auparavant, dans une lettre de ma maman, me partageant son appréciation sur la santé de papa, elle s’était exprimée ainsi : « la maladie s’incruste dans la vie de papa. » Sachant qu’il était bien suivi par son médecin traitant mais que rien n’empêchait la maladie d’évoluer, je leur dis alors que si les hommes ne pouvaient plus rien faire, Dieu avait toujours TOUT POUVOIR pour guérir et délivrer.
Matthieu 28 v18, « tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. »
Genèse 18v14 : « Y’a- t-il quelque chose qui soit étonnant de la part de l’Eternel ? »
Luc 1v37 : « Rien n’est impossible à Dieu… »
Sans surprise, la réponse arriva par retour de courrier : « Nous sommes d’accord de venir, viens nous chercher en voiture… » Ce dernier détail n’était pas une corvée, mais un très réel privilège !!! Il ne nous reste qu’à prier et à croire !!!
Les affiches collées, les traités distribués par une petite équipe convaincue, et c’est le voyage heureux…et un peu craintif. Quelle va être l’attitude de papa ? Je ne l’ai pas invité à passer des vacances – j’ai été clair : c’est venir pour participer aux réunions et que l’on puisse prier pour lui, et contre sa maladie…
Ils étaient déjà à la maison quand arriva comme promis et comme prévu, ce cher pasteur évangéliste au grand cœur qui aimait de l’Amour de Christ, désintéressé, les âmes perdues, sans but et sans espérance. Les salutations sont faites, et tandis que je le conduis dans sa chambre humide d’une grande sobriété, papa me glissa en douce : « C’est lui ton guérisseur ? Peuh ! Il ne paie pas de mine. »
Non, il ne payait pas de mine : simple, souriant, chaleureux, les gens comme on les aime, ceux avec qui on se sent tout de suite proche…
J’ai le souvenir qu’au jour-J, où commençaient les réunions, je vais le matin le prévenir que le petit déjeuner est prêt … Mais, a-t-il rencontré quelqu’un ? J’entends près de la porte de sa chambre « monacale », aux murs griffés de salpêtre (nitrate de potassium) humide (car personne ne logeait habituellement dans cette pièce sauf des invités de temps à autre) : des bruits, des rires, de l’émotion. Ce n’est pas possible, est-ce un dialogue ? Samuel aurait-il fait connaissance avec quelqu’un à cette heure matinale ? En m’approchant discrètement, l’oreille près de la porte… non, c’est un dialogue entre Samuel et son Dieu, et cela le réjouit profondément. Ma rencontre journalière avec Christ me réjouit-elle ?